Editorial

Didier Deschamps, la France et nous

EDITORIAL. Le sélectionneur de l’équipe de France championne du monde a su insuffler au onze tricolore ténacité, cohésion et efficacité collective. En donnant sa chance à une nouvelle génération de Bleus, la France peut aujourd’hui en faire un modèle apte à transformer ce pays si rétif au changement

Le choix d’une équipe de football et d’une méthode de jeu est toujours celui de son sélectionneur. L’équipe de France victorieuse de la Croatie à Moscou, dimanche, est donc indissociable de Didier Deschamps. Vainqueur du Mondial 1998 aux côtés du roi Zinédine Zidane, l’entraîneur du onze tricolore a réalisé, vingt ans plus tard, ce que son lointain prédécesseur Aimé Jacquet avait lui aussi imposé: une stratégie d’airain, une étanchéité collective face aux remous médiatiques et personnels et, enfin, une discipline synonyme d’efficacité.

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La deuxième étoile tricolore gagnée face aux Croates ne consacre pas l’apothéose d’un style. Didier Deschamps n’est pas un joaillier des stades. A l’aune des typologies footballistiques mondiales, son réalisme et son goût de la contre-attaque érigés en système empruntent plus au rouleau compresseur allemand et aux embuscades réalistes italiennes qu’aux offensives baroques de l’époque Platini. Mais juger le triomphe de Moscou oblige à se souvenir de ce qui précéda. La France du ballon rond rimait encore, avant l’arrivée de Deschamps, avec guerre des ego et autisme généralisé. Le coach a tout remis à plat, misant sur une nouvelle génération, au risque de l’injustice pour certaines individualités. Disruptée, l’équipe de France s’est transformée.

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Cette capacité à retrouver confiance et volonté n’est pas automatiquement transposable dans d’autres domaines. Le football reste un sport, et le destin d’un match – comme l’a montré celui d’hier – se joue autant sur les erreurs de l’adversaire, sur le «bug» d’un gardien ou sur le recours inédit à l’arbitrage assisté par vidéo que sur la qualité intrinsèque d’une équipe. Mais, une fois cela dit et répété, le tournant mérite d’être salué. Les Bleus de juillet 2018 ont affiché ces qualités dont, vu de Suisse, on reproche tant aux Français de ne pas faire preuve dans la vie quotidienne: modestie, cohésion, compromis et patience.

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Il faut maintenant espérer que le naturel ne reviendra pas au galop. Que la tentation de l’arrogance et des cocoricos saura faire place à un triomphe serein. Issue des banlieues de la République, l’équipe Blanc-Black de Didier Deschamps sera d’autant plus respectée qu’elle saura éviter toute récupération et toute exploitation erronée de son succès. Acquis de haute lutte sur les pelouses russes, le trophée de la FIFA est la preuve que, lorsque ses talents métissés sont correctement mis en musique, notre grand voisin mérite notre confiance et nos félicitations. Dire aujourd’hui bravo aux Bleus version Deschamps, c’est saluer le potentiel de cette France-là.

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