La journée d’hommage à Diego Maradona jusqu’à sa mise au tombeau jeudi a été à la hauteur des sentiments exacerbés suscités par l’icône du football argentin, sublimée par cette image d'un cercueil vu de haut, aux allures de bobsleigh: outrancière et emplie de passion, avec des milliers de fans éplorés désireux de lui adresser un dernier adieu. Une longue file de milliers de supporters a commencé à serpenter dès l’aube autour de la place de Mai, à Buenos Aires, dans l’espoir d’entrer dans la Casa Rosada, siège de la présidence argentine, où était organisée une chapelle ardente. Un service religieux dans l’intimité familiale a été donné avant que Maradona ne soit mis en terre dans le caveau familial aux côtés de ses parents.

Lire aussi: tous les récents articles du «Temps» consacrés en tout ou partie à Diego Maradona

Puis des affrontements avec la police ont éclaté quand la cérémonie a été interrompue malgré la foule immense encore présente dans la rue, explique Courrier international. Foin de tout cela, des flics harnachés comme au temps de la dictature des colonels: le quotidien sportif argentin Olé «s’est attardé sur la photo de deux supporters enlacés et en larmes. L’un de Boca Juniors, l’une des équipes de Diego Maradona, et l’autre de River Plate, l’ennemi juré, parce que Maradona est plus qu’un club; Maradona est notre football»:

Clarin évoque pour sa part «des scènes de pèlerinage et une foule respectueuse à l’approche du cercueil. Personne ne sort le portable, personne ne joue au voyou.» Mais la tension est tout de même montée peu à peu, et «alors soudain» sont apparues, en direct sur toutes les chaînes de télévision, «les images que nous ne voulions pas voir», déplore CronicaUne veillée aussi courte «était une grave erreur», estime Olé. «Le dernier adieu s’est transformé en chaos», conclut le journal, tandis que La Nacion dénonce «une récupération politique en pleine pandémie»:

Un país irresponsable

Le président Alberto Angel Fernandez «a rassemblé la foule chez lui, rejetant les précautions de distanciation sur lesquelles il avait insisté comme au catéchisme», s’agace le quotidien. «Le populisme se nourrit de mythes, et aujourd’hui le gouvernement cherche à s’immiscer dans celui de Diego Maradona. Face aux problèmes auxquels il est confronté, il a fait appel à l’émotion pour lui venir en aide. […] L’Argentine est un pays sujet aux émotions. Et à des débordements. Mais il y a certaines manipulations vouées à mal tourner», analyse le titre conservateur.

Alors reste l’histoire, partout, partout, et également sur Facebook. «Le but illicite de l’Argentin en quart de finale de la Coupe du monde 1986 a provoqué un traumatisme chez les Anglais, que certains n’ont toujours pas surmonté. Mais à l’époque, dès le lendemain du match, le journaliste sportif du Times de Londres le relativisait et récusait le terme de «tricherie». «L’ennemi juré de l’Angleterre, l’un des plus grands joueurs de tous les temps» est mort. Ou se trouve plutôt, désormais, «dans les mains de Dieu», comme le titre The Sun (et de nombreux autres journaux britanniques), jeudi 26 novembre.

Et maintenant? «Il laisse un héritage que personne ne connaît vraiment avec certitude, indique Clarin. Mais la guerre entre ses héritiers est garantie», prédit le quotidien, qui cite parmi ses biens cinq maisons, plusieurs voitures de luxe ainsi qu’un véhicule amphibie de 2,60 mètres de haut offert lors d’un séjour en Biélorussie.» Loukachenko… Drôles de fréquentations, qui sonnent plus mal que jamais aujourd’hui.

A part ça mais peut-être aussi à cause de cela, lit-on dans un article de Jutarnji list repéré par le site Eurotopics.net, «c’était un toxicomane, quelqu’un de malpoli, […] ce petit homme trapu au look abominable, aux convictions douteuses et aux nombreux choix de vie criminels»…

… Un pécheur à l’âme diabolique

Mais des «jambes divines», c’était «le plus grand», conclut le quotidien croate. Le club de Naples a aussi rendu hommage à celui qui lui a offert ses deux seuls titres de champion d’Italie, note La RepubblicaAvant leur match de Coupe d’Europe, les joueurs du Napoli sont entrés sur la pelouse portant le numéro 10 de Maradona. Puis ils ont gagné.

Mais encore? «Va l’artiste, car malgré tes frasques, tu seras toujours un magicien», si culotté et si puissant avec «ses dribbles dévastateurs, ses gestes chaloupés, sa spontanéité»: à cet égard, Maradona était sans doute un des joueurs étrangers les plus proches «du magique football africain», estime la presse recensée par Radio France internationale.

Dans un autre article, le quotidien italien rappelle encore que Diego est un prénom «qui a été donné à 527 petits garçons» nés à Naples «durant ces sept années entrées dans la légende». Comme dans un «livre de la jungle»: Diego y «est arrivé comme Mowgli, en quête d’une famille, et il est reparti comme Simba, fuyant les siens. Lorsqu’il a débarqué au stade San Paolo, en 1984, il y avait 80 000 personnes pour l’accueillir. Mais pas une seule pour l’accompagner le jour de ses adieux, à l’aéroport.»

Bref, «l’idolâtrie n’est bonne pour personne», estime un rédacteur du portail web hongrois Azonnali. hu: «Tout le monde voulait voir en lui un dieu, et peut-être avait-il fini lui-même par croire qu’il était un dieu. […] Il est impossible de supporter un tel fardeau sans y laisser sa santé mentale. Même lui n’y est pas parvenu.»


Retrouvez toutes nos revues de presse.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.