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Pompiers intervenant après la chute d'un arbre bicentenaire qui fera 13 victimes. Île de Madère, 15 août 2017.
© AFP PHOTO / Helder SANTOS

Opinion

«Si Dieu existe, j’espère qu’il a une bonne excuse»

Mi-août, un arbre centenaire s'abattait sur des pèlerins au Portugal, provoquant la mort de treize personnes. Quel enseignement tirer de ce drame? s'interroge le psychothérapeute Eric Vartzbed

Le 15 août, au Portugal, sur l’île de Madère, des centaines de catholiques priaient à l’occasion d’une fête religieuse. La cérémonie se déroulait en plein air, dans un jardin botanique qui abritait plusieurs arbres centenaires. C’est là que survint un drame inouï. En plein recueillement, alors qu’ils déposaient des cierges vers une image sainte, un vieux chêne s’abattit sur eux et treize fidèles moururent écrasés.

Ce tragique accident a retenu mon attention parce qu’il faisait écho au bilan provisoire des attentats de Barcelone: là aussi, treize morts. Au-delà de la similitude du bilan chiffré, quelle est la différence entre un accident et un crime, entre un vieux chêne et un jeune djihadiste?

Qu’en dit Freud?

Dans l’essai qu’il consacre aux difficultés d’être heureux, Le Malaise dans la civilisation, Freud constate que les hommes sont menacés de toute part par trois grandes classes de périls. Les dangers naturels (les tremblements de terre, les maladies, etc.); la violence sociale infligée aux hommes par d’autres hommes (le harcèlement, l’exploitation, etc.); et, enfin, les conflits internes propres à chacun. Il note en effet que la plupart des individus abritent en eux-mêmes leur pire ennemi. Bref, les périls sont naturels, sociaux ou relèvent de la «pathologie» mentale.

Les dangers naturels ont aiguisé l’inventivité humaine. Avec la science et les techniques, les humains essaient vaille que vaille de s’en protéger.

Quant aux dangers sociaux et individuels, ils sont subtilement intriqués. Engagé dans une lutte pour la dominance mondiale, l’islamisme conquérant est une idéologie structurée qui exerce sur certains une puissante séduction. Et parmi ses laudateurs, il y a sans doute quelques errants qui trouvent dans l’offre djihadiste une cause qui les stabilise, les valorise et les oriente. Ils déplacent alors sur la scène sociale des impasses personnelles irrésolues.

Le problème classique du mal

Voilà pour les périls sociaux et individuels. Quant aux croyants écrasés par le vieux chêne, ils nous touchent à plusieurs niveaux. Les dégâts sont matériels et spirituels, physiques et métaphysiques. En effet, ces treize cadavres soulèvent le problème classique du mal. Comment concilier la notion d’un Dieu d’amour tout-puissant et le scandale de ces morts absurdes? Comment croire en l’existence d’un Dieu protecteur qui décime ses fidèles?

La réponse augustinienne par le «péché originel», la conception chrétienne de la liberté (qui ne saurait s’appliquer aux dangers naturels) et le joker d’une valorisation du Mystère sont les trois réponses classiques formulées par la tradition. Comment s’en satisfaire? Si Dieu existe, disait Woody Allen, j’espère qu’il a une bonne excuse…

Comment croire en l’existence d’un Dieu protecteur qui décime ses fidèles?

Comment Freud concevait-il la religion? Elle serait selon lui une protection imaginaire que les humains opposent à leur détresse réelle. Si tel est le cas, elle nous semble d’une piètre efficacité. A fortiori quand nous apprenons l’accident survenu au Portugal. Ou que des cohortes de fanatiques s’en prévalent pour ajouter de la nuit à la nuit.

Du côté d’Eros

Dès lors, à quoi se raccrocher? Comment concevoir le monde et sa place en son sein? La psychanalyse, sans doute, peut y contribuer. Elle relève à ce titre d’une forme de sotériologie. Quant aux arrière-plans métaphysiques qui sous-tendent l’œuvre de Freud, nous pouvons grosso modo soutenir qu’il adhérait à une conception païenne, présocratique, antérieure au monothéisme juif ou chrétien. Il s’inscrivait en effet dans le modèle atomiste-matérialiste propre aux sciences. En outre, comme Héraclite, il considérait volontiers que la vie était l’effet émergent d’un conflit. «De la lutte des contraires naît la plus belle harmonie.» Cette phrase d’Héraclite, qu’il reprenait à son compte, apparaît en effet souvent dans sa correspondance et travaille toute sa conception de l’être humain. Par ailleurs, à l’instar d’Empédocle, il considérait finalement que ce conflit opposait des forces de vie et des forces de mort, Eros et Thanatos. Un conflit entre des puissances qui relient, organisent, complexifient et des forces d’entropie qui séparent, désorganisent, tendent vers une homogénéité létale.

A titre individuel, il tâchait d’être du côté d’Eros. C’est la position qu’il défend en conclusion du Malaise. En outre, son éthique faisait toute sa place à deux autres figures tutélaires grecques: Logos et Anankè, la valorisation du savoir et l’acceptation stoïque de la nécessité. Depuis, il me semble que nous n’avons pas fait mieux. L’Antiquité gréco-latine serait-elle devant nous?

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