Il n’arrive pas tous les jours qu’une banque suisse licencie d’un coup 20% de son effectif. C’est ce qu’a effectué Hinduja à Genève cette année, durant une période de turbulences commencée en 2015. Le petit établissement d’une très riche famille indienne, au patrimoine estimé à 14 milliards de dollars, avait réussi ce que nombre de ses concurrents ont annoncé depuis la fin du secret bancaire, souvent sans le concrétiser: diversifier les activités. Dans la gestion institutionnelle, dans les services, les fonds de placement, etc: le thème est scotché sur les lèvres de tous les patrons de banque depuis 2008.

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En plus de la gestion de fortune, Hinduja avait choisi de se lancer dans le financement du négoce de matières premières, une spécialité genevoise qui a connu un formidable essor dans les années 2000. Assurée par une petite équipe, cette nouvelle activité a rapidement apporté près de la moitié des profits de la banque Hinduja. Avant de provoquer une perte de 25 millions l’an dernier, dans deux accidents comme il en arrive fréquemment dans le «trade finance».

En l’occurrence, la «disparition» d’une cargaison de graines en Turquie et la faillite de l’unique raffinerie marocaine, à qui Hinduja avait accordé des financements – une casserole à 20 millions pour la banque genevoise. Echaudée, la famille a décidé fin 2015 de se retirer du financement des matières premières.

Retour à la case départ pour Hinduja donc, avec la gestion de fortune pour seule activité et l’impérieuse nécessité de trouver de nouveaux marchés. Son aventure dans le financement du négoce illustre la difficulté pour une petite banque de gestion de se réinventer, dans un monde sans secret bancaire et devenu beaucoup plus concurrentiel.

Même lorsqu’on est en mains d’un clan de milliardaires qui n’hésitent pas à renflouer leur banque suisse. À hauteur de 45 millions de francs l’an dernier, un montant qui aurait probablement fait jeter l’éponge à plus d’un propriétaire de la banque helvétique.

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