Editorial

Difficile transparence

La raffinerie Tamoil n’a laissé aucune trace d’hydrocarbures dans la nappe phréatique. Tels sont les résultats surprenants des analyses effectuées par l’industrie entre 2008 et 2012. Ces documents, obtenus par Le Temps au terme de deux ans de lutte juridique au nom de la loi sur la protection des données et la transparence, ne sont sans doute pas très confortables pour l’Etat du Valais aujourd’hui. Ils révèlent que le Service de la protection de l’environnement a attendu jusqu’en octobre 2014 pour demander des analyses crédibles à une industrie qui connaît des problèmes environnementaux depuis des années. Et notamment une pollution avérée des eaux souterraines en 2007.

Pourquoi l’Etat n’a-t-il pas exigé tout de suite de Tamoil qu’elle fasse des analyses pertinentes alors qu’il apparaît très rapidement aux experts que de tels résultats ne sont pas crédibles? Le service empoigne cet aspect du dossier peu après l’annonce, fin septembre dans la presse, de la probable mise en vente de la raffinerie. Le spectre d’une fermeture du site est sans doute devenu bien réel, avec toutes les questions environnementales qu’elle soulève. La qualité des eaux souterraines est la pierre angulaire qui permettra, ou non, d’exiger des assainissements conséquents de la part de l’industrie. Sans pollution avérée, pas de nettoyage.

L’Etat donne le sentiment de travailler dans l’urgence, pour tenter d’avoir une vision claire de l’ampleur de la pollution à utiliser dans les négociations. A-t-il cru ce que lui disait l’industrie? Que le mur en bentonite protégeait suffisamment la nappe phréatique pour que les polluants ne l’atteignent pas?

L’apprentissage de la transparence est douloureux parce qu’il va de pair avec la critique. La presse a soudain les moyens de donner un avis documenté et fouillé sur le travail de l’Etat. En 2012, le Service de la protection de l’environnement ne voulait pas transmettre ses documents au Temps. Il a souhaité attendre jeudi matin pour donner des réponses aux questions précises soulevées par les experts et révéler que les analyses d’octobre 2014 corroboraient la leur. Ce même jour, il a remis à la presse un résumé des analyses déjà en possession du Temps. Malheureusement, sans les contextualiser, sans y adjoindre les documents des investigations d’octobre 2014 et en format papier, inutilisables pour en tirer des statistiques ou des visualisations. Le chemin vers la transparence paraît encore bien long.