SECRET BANCAIRE

La digue a cédé. Jusqu’où montera l’eau?

Le secret bancaire est mort, tel que la Suisse l’a fondé et chéri

La digue a donc cédé. Le secret bancaire est mort, tel que la Suisse l’a fondé et chéri, tel qu’il l’a enrichie pendant quatre générations. Les pressions internationales étaient devenues trop fortes. Le tort financier lié à l’évasion fiscale trop dommageable pour des budgets en péril. Le discrédit moral des fortunes clandestines trop aveuglant.

Le 13 mars 2009 restera comme la date d’un basculement historique. Il touche à la fois la prospérité de la place financière, l’équilibre économique du pays, la conscience qu’il a de lui-même et son rapport au monde.

Et rien ne dit que les choses en resteront là. Par l’abolition de principe entre fraude et évasion fiscales, pierre philosophale du «Bankgeheimnis», la Suisse a sans doute fait un pas substantiel. S’il semble la prémunir contre la liste noire du G20, les délais et les modalités d’application prévus par le Conseil fédéral risquent toutefois d’être contestés.

A plus large échelle, le niveau d’optimisation fiscale toléré dans le monde dépendra moins de subtiles négociations juridiques que des rapports de force. La détermination américaine, de ce point de vue, sera décisive. Mais, au moins, les lignes politiques ont bougé. La Suisse et ses alliés de circonstance peuvent à bon droit exiger de leurs contempteurs qu’ils révisent leurs propres législations avant de se résoudre à d’autres concessions.

Pour la place financière, le coup est terrible. Ses performances ne se réduisent certes pas à l’attrait du secret «made in Switzerland». Sa fiabilité, ses savoir-faire, la stabilité suisse restent de puissants atouts, que les aventures américaines d’UBS n’ont guère entamés à l’étranger. Mais quel renversement culturel, quel examen de conscience, quelles restructurations en perspective!

Les conséquences ne seront pas moins vertigineuses pour l’ensemble d’une nation hébétée. Le secret bancaire était l’un des piliers encore debout du «Sonderfall». La brutalité de son effondrement montre l’étendue de cette illusion. Et à quel point la Suisse dépend de normes et de lois décidées à des niveaux qui la dépassent.

A court terme, elle peut en avoir un réflexe de dignité bafouée. La cote des institutions internationales, l’UE en tête, n’en sortira pas grandie. Mais, avec le temps, l’évidence de son appartenance à ce nouveau monde s’imposera. Mieux vaut le considérer d’un œil neuf maintenant, pour éviter d’être sans cesse rattrapé par lui, dans les pires conditions qui soient: celles de la solitude incrédule et déconfite.

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