La vie à 30 ans

Le dilemme des «avocado toasts»

OPINION. Notre chroniqueuse réfléchit à son avenir de… personne plus âgée. La perspective financière l’inquiète un brin

Est-ce que chaque fois que je pousse la porte du dernier bistrot qui fait des tartines à la mode, je cours à ma perte? L’été dernier, un milliardaire australien a lancé ce cri d’alarme aux générations montantes: si vous voulez un jour devenir propriétaire, arrêtez d’acheter des avocado toasts. Les avocado toasts? Le plus tendance des snacks bobo du moment, bêtement de l’avocat écrasé sur du pain grillé aux cinq graines, quelques fioritures bio un peu colorées pour le rendre «instagramable», et c’est à vous pour une vingtaine de francs dans quelques établissements que je me ferais un plaisir de vous recommander.

«Je déteste Tim Gurner»

Ce que dit ce fameux Tim Gurner, c’est qu’à notre âge, il ne passait pas son temps à tester les dernières adresses fraîchement vantées par les magazines fancy, qu’il peut le faire aujourd’hui parce qu’il a construit sa vie, épargné, et qu’on devrait en faire de même au lieu de jeter nos sous dans des latte trop chers et des week-ends EasyJet entre amis. Grr… Je déteste Tim Gurner et je fais, depuis, face au dilemme des avocado toasts.

J’ai l’impression de vivre – en version couleur et bien chauffée – dans ces romans ouvriers du XIXe siècle où les gens allaient aussitôt dépenser en festoyant toute leur paie en quelques heures à la fin de la semaine, avant de serrer la ceinture et les dents jusqu’au samedi suivant.

Une angoisse…

Je m’interroge en voyant qu’un tiers des Vaudois n’a pas un centime d’épargne sur son compte en banque. L’époque où les revenus dépassaient les dépenses, où l’on mettait sagement à la banque un petit peu chaque mois est-elle révolue? Va-t-on revenir à une apologie du bas de laine ou du radin? Autour de la table, mes amies et moi angoissons de ne pas pouvoir offrir à nos futurs enfants ce que nos parents nous ont offert et peu d’entre nous sommes sur la voie de devenir un jour propriétaire.

J’en appelle donc à ceux dont c’est le métier, financiers ou banquiers, de relever ce défi: aider notre génération. On a 30 ans, on ne fait plus confiance aux institutions, les intérêts bancaires sont nuls, les futures retraites iront vers l’amaigrissement, les emplois stables seront de plus en plus rares, nos parents propriétaires vivront jusqu’à nos 70 ans. Alors je ne sais pas, redonnez-nous confiance, facilitez notre accès à la propriété, repensez le système des héritages, des rentes viagères… parce que c’est facile de nous accuser de profiter du présent dans un monde où nos perspectives d’avenir sont si brouillées.


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