Ils sont venus voir leur «Johnny», les militants. Ils «veulent un chef et c’est Nicolas Sarkozy qui fait le plus chef», ont entendu Les Echos lors d’un récent meeting. Mais ne rêvez pas trop, chers électeurs: ce n’est que le commencement d’une «longue marche», dit Le Monde. La première étape s’est achevée ce jeudi soir à Nîmes, où il n’a pas mâché ses mots à vingt-quatre heures du début du vote électronique qui devrait le porter, sans surprise, à la présidence de l’UMP en France.

Mais dans le fond, «pourquoi les militants soutiennent-ils toujours Nicolas Sarkozy?» demandent Les Inrocks. Ils expliquent qu’«un meeting de Nicolas Sarkozy, c’est un peu comme ces grands repas de famille. Il y a l’oncle gênant, le cousin qu’on n’a pas vu depuis longtemps, ou la grand-mère un peu gâteuse. […] Malgré la défaite de 2012, les affaires, les militants restent fidèles au rendez-vous. Car eux aussi, dans un sens, ont l’impression de faire partie de la Sarkozye.»

«Un ton apocalyptique»

«Anna-Lia a fait la queue pendant deux heures devant le gymnase pour s’asseoir au plus près de «Nicolas»: «Quand je viens ici, c’est évidemment pour le soutenir, il en a besoin tant il est attaqué de tous bords.» […] Pour elle, «ces attaques viennent d’en dehors du parti, probablement de la gauche.» Elle croit d’ailleurs beaucoup à ces rumeurs de «cabinet noir à l’Elysée.»

Alors, face à l’adversité, le message est assez clair, avec une talonnette dans les plates-bandes frontistes et «sans jamais évoquer ses concurrents, Hervé Mariton et Bruno Le Maire», dont il faut reconnaître qu’ils ont eu le mérite de lui rappeler qu’il n’est pas le seul dans la course. A vrai dire «un ton apocalyptique», à propos d’«un monde menacé par la «barbarie», la «sauvagerie», les «guerres économiques», les «crises financières qui menacent d’emporter des continents entiers» avant d’envisager un «choc de civilisations si l’on continue à faire table rase de la géographie et des cultures.»

«La posture matamore»

La solution, avant de sauter par-dessus le bastingage du «Titanic»? Comme d’habitude, «la défense du modèle» national(iste). Jugez-en: «Nous croyons que la civilisation française est une grande civilisation, que le peuple français est un grand peuple à nul autre pareil dans le monde. […] Ici, on adopte le style de vie français, on aime la culture française. Ici, nous ne voulons plus de guerre de religions, ce n’est plus notre affaire.»

C’est sans doute ce à quoi pense Libération en parlant de «la posture matamore». Du «discours dopé à la mégalo». Et depuis le premier meeting à Lambersart (Nord) fin septembre, sa rubrique Désintox «a suivi pas à pas, mot à mot, Nicolas Sarkozy, et livre […] l’intégrale de deux mois de bobards. Chiffres bidons, récits héroïques, citations inventées de toutes pièces pour railler l’adversaire. Nicolas Sarkozy raconte la politique comme on conte une histoire. Et l’histoire, dont il est immanquablement le héros, doit être belle, l’adversité féroce, l’issue glorieuse.»

Et elle doit être drôle, également, fait remarquer le site belge 7 sur 7, qui repique aussi le HP. «Toujours le mot pour rire, l’ex-président de la République a développé en deux mois un registre impressionnant de petites blagues, qui tournent presque exclusivement autour des quatre mêmes sujets: sa femme Carla, son âge, le livre de Valérie Trierweiler et enfin l’Allemagne.» Savourez:

Le voici donc, bon pied, bon œil de nouveau candidat, une décennie plus tard. Mais «Sarkozy 2004, Sarkozy 2014. Dix ans plus tard, qui le soutient encore?» Pour y répondre, L’Obs propose un petit jeu amusant avec une photographie où l’on peut passer sa «souris sur les points d’interrogation pour savoir lesquels, de ceux qui étaient présents ce jour-là», le sont encore aujourd’hui. Réponse: vraiment plus grand monde.

Alors que se passe-t-il? Il y a un gros doute. «Nicolas, est-ce que tu bosses vraiment?»: c’est la question qui lui a été récemment posée par un proche. Un long article de L’Obs, encore, relayé par Le Journal du dimanche «dépeint un candidat à la présidence de l’UMP peu impliqué dans sa campagne. Voire […] «usé». […] «Cette campagne l’emmerde», résume une des sources du journal. «Comme ça l’ennuie, il n’est pas bon, comme il n’est pas bon, il s’énerve, et, comme il s’énerve, il fait des conneries.» […] D’autres pointent son «dilettantisme». Les visiteurs de ses bureaux […] sont frappés par l’absence de discussion sur le fond des sujets et par son «narcissisme encore plus fort qu’avant», rapporte le journal.»

«Tiens, prends ça!»

D’ailleurs, c’est efficace: «On ne voit plus que lui dans les médias, constate Le Huffington Post (HP). Il remplit les salles, comme à la belle époque. Oui, mais voilà, la belle époque est révolue! Il n’est plus président et les temps sont durs, pour un homme qui a oublié l’une des notions fondamentales de la confiance: l’honnêteté. On ne compte plus les scandales politico-financiers ni ses écarts avec la morale et les règles de bonne conduite.» Mais peu importe, «il donne des leçons de communication à ses concurrents, comme un maître qui veut montrer à ses élèves qu’il est le chef. Et au passage, il n’hésite pas à leur donner quelques coups de bâton, comme s’il voulait dire «Tiens, prends ça! Cela t’apprendra à te mesurer à moi.»

Comme le HP, on a bien aimé ces trois analyses du Petit Journal de Canal +, qui résument la stratégie sarkozyenne: attitude de battant gentleman, présence maximum dans les médias et manipulations. Regardez:

La base militante, c’est la clé. L’électorat. La Neue Zürcher Zeitung l’a bien compris, qui évoque déjà, pour 2017, Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy en tête lors du premier tour. Si le second «parvient à contrôler la base, c’est un pas de géant vers une nouvelle présidence» de la République. «Mais ce n’est pas un argument convaincant pour lui faire confiance une deuxième fois.» Non, pour «sortir du malaise national actuel, la France a besoin de toute urgence d’une régénération politique». Car «la crise du leadership de l’UMP, avec sa vieille garde divisée et indigne de confiance, fournit de très bonnes raisons pour un changement radical de génération».

Autrement dit, à terme, il serait plus prometteur de pouvoir compter sur un homme (ou une femme) nouveau que sur un homme du passé qui se positionne en «sauveur autoproclamé».

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