Sur le visage de maint politicien genevois, le soulagement dimanche était patent. Les partis politiques établis sortent vainqueurs de l'élection de la Constituante, ne laissant aux candidats de l'ouverture que la portion congrue.

Au vu du nombre de listes associatives en lice et du demi-millier de candidats s'étant lancés à la conquête de 80 sièges, les partis avaient fini par redouter une cuisante déroute. Les voici qui constatent avec ravissement qu'ils sont moins impopulaires, que leur crédit résiste mieux qu'ils ne pouvaient le craindre.

Les deux seules listes non partisanes qui réussissent vraiment leur entrée dans l'assemblée chargée d'écrire la nouvelle charte des Genevois sont très politiques. La percée de l'Avivo, qui traduit l'inquiétude de la population modeste face à la crise et à la remise en cause des acquis, marque aussi le retour d'une extrême gauche exclue du parlement en 2005. La liste des milieux économiques est, elle, très proche du Parti libéral.

Les élus de ces deux listes se voudront à n'en pas douter les chiens de garde de leur camp respectif, jugé trop mou de part et d'autre, ce qui animera les débats mais ne favorisera pas les compromis.

A part les Associations de Genève, qui franchissent de justesse un quorum pourtant abaissé à 3%, les listes associatives mordent la poussière. Manque de moyens, de profil, de notoriété, de vocation? Visiblement, les électeurs genevois ont jugé qu'on pouvait faire sans elles.

Globalement, cette réaffirmation du rôle des partis est une bonne chose, puisqu'on n'a encore rien trouvé de mieux pour faire de la politique.

Rassurés, les partis politiques n'en sont pas moins mis face à leurs faiblesses. Ils se font représenter en bonne partie par de vieux sages dont on espère qu'ils n'étoufferont pas la nouvelle garde. Ils peinent à promouvoir les femmes. Ils n'ont pas réussi à mobiliser pour cette élection plus du tiers des électeurs.

Aux partis désormais d'éviter le risque majeur: que la nouvelle assemblée ne retombe dans les travers des blocages politiciens dont le Grand Conseil genevois est coutumier. L'espoir qu'elle réussisse néanmoins, malgré le manque de sang neuf et les vocations déçues, réside dans la dynamique très particulière que vivra la Constituante dans son approche globale des affaires de la cité. öPage8

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