Le journal Le Temps reflétait récemment les graves difficultés financières rencontrées
par l’Eglise protestante de Genève: «En proie à une constante baisse de dons, l’institution
religieuse cherche des solutions d’urgence pour se remettre à flot».

Lire: L’Eglise protestante de Genève face à de graves difficultés financières

Les pistes évoquées dans cet article se résument à dépenser moins, à augmenter la contribution des paroisses par une plus grande solidarité et à améliorer le rendement
immobilier. Enfin, il est fait appel à une prise de conscience des protestants de Genève pour qu’ils soutiennent financièrement leur Eglise.

Tout en appuyant ces pistes, je me demande si la question de la baisse des dons n’a pas des
racines plus anciennes exigeant une réflexion plus approfondie de ses causes. A mon sens, le
fond du problème, c’est la perte du sens économique de la foi chrétienne: nous devons retrouver que la foi se traduit aussi dans une dimension économique, comme offrande heureuse, don fructueux, investissement nécessaire pour la vie de l’Eglise. Cela a été à l’origine le sens de la dîme, dévoyé ensuite dans la pratique des monastères au Moyen Age au détriment des paysans.

A l’origine, nous rappelle le pasteur Jean-François Collange, «on trouve une expression du croire, dans une pratique socio-économique, exposant de façon quasi originelle et universelle l’essence du croire, à savoir le crédit […] Placer la réalité du crédit au départ et au cœur du croire en souligne le caractère concret et vital» (tiré de Croire. Incroyance, foi et religion au XXIe siècle. P. 13-14, Jean-François Collange. Olivétan 2022). Ce n’est que dans la période moderne que le matériel s’est émancipé du spirituel et que la gestion financière s’est faite indépendamment d’une inspiration religieuse, notamment judéo-chrétienne. Jean Calvin considérait les questions matérielles (prix du pain, prêt à intérêt) encore comme des questions spirituelles (cf. La Pensée économique et sociale de Calvin d’André Biéler).

Il importe alors que l’Eglise protestante travaille cette question de la dimension économique
de la foi chrétienne consciente de son héritage réformé. Dans cette ligne, elle pourrait montrer à ses membres et aux protestants en général qu’il vaut la peine d’investir de l’argent dans les activités de l’Eglise. Car l’Eglise protestante sert aussi à donner du sens et du bonheur à la vie personnelle et communautaire; elle contribue au vivre-ensemble et à la plateforme interreligieuse à Genève; elle promeut la place des femmes dans le ministère; elle promeut l’intégration des personnes de tous genres (cf. l’antenne LGBTI) ; elle offre des lieux souvent méconnus de ressourcement, de méditation et de rencontre à travers ses célébrations chaque dimanche dans une société de plus en plus dure et violente. Elle accompagne, écoute et soutient les malades, les prisonniers et les réfugiés. Elle favorise et appelle à la solidarité et à l’entraide.

L’urgence, à mon sens, se trouve d’abord dans la redécouverte du sens économique du
croire.

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