Ueli Maurer l’a précisé sans ambiguïté: il passera son année présidentielle en Suisse, avec ses copains. Mais il a aussi des visées plus larges. Ne pas adhérer à l’Europe, d’abord, et ça ne devrait pas être trop difficile. Et ensuite faire respecter notre pays dans le monde, ce qui est un peu plus ambitieux. Heureusement, il a prévu un truc: pour améliorer notre image à l’étranger, il évitera dans toute la mesure du possible de s’y rendre.

Ce n’est pas seulement d’une admirable modestie, c’est aussi bien pensé. Comme l’a fait remarquer Luc Recordon au Temps (quel journal!): «Vous l’imaginez parler avec Obama?»

Eh oui. Il faudra donc que ce soit Didier Burkhalter qui s’y colle. Heureusement, il a eu une année pour s’exercer et il pourra améliorer son style pendant deux ans encore avant de céder la place à un président plus voyageur. D’ici là, le glamour helvétique aura atteint des niveaux inégalés. Les chancelleries en seront babas; Hubert (Védrine) et Dominique (de Villepin) pourront aller se rhabiller ensemble.

Le glamour est une autre chose qu’Ueli Maurer n’aime pas trop. Il n’entend donc pas, a-t-il confié à 20 minutes, en faire une priorité de sa présidence. Il préfère laisser ça à Micheline – et à Didier une fois qu’il se sera bien exercé.

Là aussi, c’est plutôt bien pensé. Le glamour, c’est comme le goût des voyages: on l’a ou on ne l’a pas. Et d’un strict point de vue démocratique, ne pas en avoir est plutôt une bonne affaire, c’est pourquoi on en a si peu en Suisse. Ceux qui en ont sont toujours un peu suspects de se monter le cou et, pire, de tenter d’avoir l’électeur au charme.

Ce que, reconnaissons-le, personne ne songerait à reprocher à Ueli Maurer.

Résumons-nous: le nouveau président de la Confédération sera d’abord là pour la population suisse – à la différence de ses prédécesseurs qui étaient surtout là pour la population vénézuélienne. Il fuira les ors et les spots de la scène internationale. Il préfère poser à côté d’un bouc qu’en compagnie de François Hollande, Angela Merkel ou, à Dieu ne plaise, Herman Van Rompuy.

Mais n’allez pas croire qu’il est suffisant. Nous l’avons dit, c’est un modeste. Il le confirme en dessinant son avenir: son année de présidence, prédit-il, sera l’apogée de sa carrière. Après, il retournera dans l’ombre. Pas de mandat à l’ONU en faveur du sport au service du développement et de la paix pour lui, non Madame. De toute façon, pour lui, le sport, le développement et la paix sont des affaires strictement internes. Chacun son sport – en dehors des JO d’hiver, bien entendu – et son développement, que les autres nous fichent la paix et les vaches seront bien gardées.

Un pré où les vaches peuvent s’avérer particulièrement difficiles à garder est celui où se réunit le Conseil fédéral. Ueli Maurer en est conscient et il voit dans la gestion du troupeau l’un des défis majeurs de son nouveau rôle. Il va devoir, a-t-il précisé aux journalistes, soigner ses relations avec ses collègues – il n’est jamais trop tard pour bien faire – et donner une bonne image du collège à l’extérieur.

On est d’accord avec lui: ce ne sera pas forcément de la tarte. Mais, pour en revenir à nos propos du début, ça peut payer. Si les institutions helvétiques retrouvent cet éclat modeste et valeureux qui a édifié le monde pendant si longtemps, plus besoin de diplomatie et autres fariboles. C’est ce qu’anticipe Toni Brunner, qui à défaut de la Confédération préside le Parti des Suisses: «Si les autres pays veulent quelque chose de nous, ils n’ont qu’à venir à Berne.»

Cela m’a convaincue et je l’ai précisé à Barack la dernière fois que j’ai dîné à la Maison-Blanche: «Si vous voulez nous causer, vous savez où nous trouver.» Il m’a regardée d’un drôle d’air et m’a demandé:

– Ah oui? Où?