éditorial

Diplomatie au forceps

Le monde change et les méthodes aussi. Voilà que Hans-Rudolf Merz se met à jouer un coup de poker solitaire pour tenter de mettre un terme à un jeu pénible auquel les parties et la diplomatie traditionnelle ne sont pas parvenues à trouver une issue depuis une année

Le monde change et les méthodes aussi. Voilà que Hans-Rudolf Merz se met à jouer un coup de poker solitaire pour tenter de mettre un terme à un jeu pénible auquel les parties et la diplomatie traditionnelle ne sont pas parvenues à trouver une issue depuis une année.

Le coup de Hans-Rudolf Merz n’est pas un coup de maître, car la Suisse se met à plat ventre devant Kadhafi en reconnaissant des torts avant même que le fameux tribunal arbitral ne se prononce. Diplomatiquement et juridiquement parlant, c’est un coup perdant. Pourtant il pourrait être partiellement gagnant du point de vue politique si, comme le président de la Confédération l’annonce, les deux Suisses retenus par Kadhafi rentrent au pays ces prochains jours. Mais on n’en sait encore rien.

En imposant une résolution de la crise au forceps et sans l’appui des diplomates, Hans-Rudolf Merz a ouvert une autre brèche, intérieure, profonde. Les termes utilisés pour qualifier l’action de la police genevoise, «injustifiée et inutile», choquent. Ils orientent, dans un sens de reconnaissance de culpabilité, le travail du futur tribunal et touchent à la répartition des compétences et des pouvoirs. Ce conflit interne sera difficile à gérer, car les cantons y verront une ingérence de la Confédération sur leur territoire.

Hans-Rudolf Merz a pris ce risque et donné ainsi une nouvelle dimension à son rôle de président, ce qui est plutôt inattendu. Il en fait un arbitre de crise aux pouvoirs quasi illimités. Il sort des sentiers battus pour résoudre un conflit personnel avec un dictateur africain. Il bouscule ainsi les diplomates suisses, qui se montrent critiques envers ce coup de poker. C’est juste, Hans-Rudolf Merz ne maîtrise pas les instruments de la diplomatie et certaines concessions qu’il a acceptées sont dangereuses. Mais notre diplomatie n’échappe pas à un examen de ses méthodes traditionnelles. Avec les Etats-Unis et la Libye, la Suisse vient de vivre deux épisodes qui montrent la nécessité d’anticiper davantage les événements et d’inventer de nouvelles approches lorsqu’il s’agit de s’aventurer en terrain miné.

Publicité