A qui appartient Yasser Arafat tandis qu'il est dans le coma? Autrement dit: à qui revient le droit de prononcer sa mort? Quand il s'agit d'une personnalité comme celle-ci, dont le prononcement de la mort détermine le destin de dizaines de milliers de gens, la question ne peut que faire l'objet d'intenses négociations. Tous les acteurs sont réunis en la veillée funèbre: les héritiers pour le partage, Mme Arafat et l'Autorité palestinienne; les amis pour la protection de la succession, la France et l'Egypte surtout; les ennemis, en l'occurrence Israël, parce qu'il est de son intérêt que le moment du deuil soit respecté. Tant que tous discutent, s'organisent, se préparent, le silence et le calme règnent, on évite les conflits. Auprès d'un homme en train de passer, on parle toujours doucement, alors que dans la chambre voisine se déroulent les conversations importantes.

Au bord de la tombe, Yasser Arafat est plus important qu'il ne l'a jamais été. L'agonie se prolongeant, chacun mesure le poids et la signification de ce qu'il a accumulé sa vie durant. Tant que son corps est vivant – peu importe le langage utilisé dans les communiqués de l'hôpital et peu importe qu'on les croie ou pas –, c'est tout cet héritage qui est à peser, à contempler, à méditer et, dans toute la mesure du possible, à transporter de l'autre côté du fleuve dans des conditions politiques telles qu'il n'enflamme pas aussitôt la région.

Jusqu'au dernier moment, Arafat est le personnage central qu'il a choisi d'être. Le droit de dire «il est mort» revient à ceux qui auront négocié autant qu'ils auront pu, et tout laisse penser qu'ils ont pu beaucoup, afin que son enterrement et les lendemains de son enterrement restent des jours de paix.

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