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Emmanuel Macron à l'inauguration du musée Clemenceau, Saint Germain, Vendée, France.
© Ludovic Marin/AFP Photo

Hexagone Express

Diplomatie Macron, l’heure de vérité a sonné

Face au bulldozer Donald Trump, le président français a tenté d’argumenter. Peine perdue. Il lui faudra maintenant plus qu’une ferme poignée de main pour faire prévaloir ses vues, alors que les fractures européennes se multiplient

Un cliché pris sur le vif ne trahit qu’un moment fugace de vérité. Celui de la poignée de main entre Emmanuel Macron et Donald Trump, au G7 québécois de Charlevoix, était toutefois très éloquent. Il s’agissait, rappelons-le, de mesurer la fermeté de l’étreinte mutuelle. Qui, entre le locataire de la Maison-Blanche et celui de l’Elysée, parviendrait à dominer ce vrai-faux bras de fer entre virils chefs d’Etat? Avantage Emmanuel Macron, ont aussitôt commenté les internautes français, en zoomant sur la marque du pouce présidentiel laissée au dos de la main trumpienne. Jusqu’à ce qu’un journaliste américain en rigole, quelques heures plus tard, sur un plateau de télévision: «Le pouce de Macron a bien laissé une trace visible. Pour une poignée de secondes…»

Ainsi va, donc, la diplomatie «jupitérienne». Sur la forme, tout y est. Ton solennel. Rappel des règles multilatérales en vigueur. Promesse de poursuivre les Etats-Unis devant l’Organisation mondiale du commerce après les hausses de tarif sur l’acier européen. Soutien public et sans faille apporté à l’accord nucléaire signé en 2015 avec l’Iran. Bon élève de la scène internationale, Emmanuel Macron se comporte, depuis son élection de mai 2017, en premier de la classe studieux, respectueux de la discipline et soucieux d’imprimer dans tous les esprits le «France is back», qui doit servir d’appât aux investisseurs.

«Deal» contre «sermon»

Problème: les effets de ce jeu-là – politesse, protocole, normes – se dissipent rapidement. D’autant qu’à l’heure de ramasser les copies, les alliés manquent. Angela Merkel ne cache plus son exaspération devant le mépris trumpien. Teresa May n’a guère l’énergie de mener le moindre combat géopolitique, engloutie sous l’avalanche de bévues du Brexit. Place au face-à-face: «Donald» contre «Manu». «Deal» contre «sermon».

L’autre échec est collectif. Emmanuel Macron, on le sait et il le dit, rêve de voir Paris revenir sur le devant de la scène mondiale, et accueillir sommets et conférences. Sa première incursion en la matière fut l’organisation, en décembre 2017, du «One Planet Summit» supposé relancer la dynamique de la COP21 de 2015 et la lutte contre le réchauffement climatique, après l’annonce du retrait américain. Patatras. Rien de précis ne sortit de cette journée de tables rondes à la «Seine musicale», sur l’ancien site des usines Renault de Billancourt.

Défendre la maison UE

Vint, ensuite, juste avant Davos, la réunion d’une cinquantaine de chefs d’entreprises mondiaux au château de Versailles, pour bien montrer que la France est désormais à l’unisson du Forum économique mondial. Belle vitrine. Annonces sonnantes et trébuchantes. Mais pas de quoi faire tourner les têtes de cet aréopage mondialisé de CEO, tous plus soucieux de leurs carnets de commandes que de l’état de la planète. Le talent du VRP ne garantit pas l’efficacité diplomatique. La grande conférence de Paris sur la paix, organisée dans la foulée de la commémoration du 11 novembre 2018, cent ans après la fin de la grande guerre, sera le prochain test…

L’état de l’Union européenne est indissociable de cette impasse «jupitérienne». Emmanuel Macron avait fait de l’agenda communautaire la pierre angulaire de son volontarisme diplomatique. Le président français avait juré, ni plus ni moins, de défendre la maison UE contre les assauts des populistes en réveillant l’idée de «souveraineté européenne». Bien vu. Bien joué. Mais qui en veut vraiment de cette souveraineté, si difficile à mettre en œuvre? L’Allemagne, échaudée par la crise financière de 2008, entend bien limiter la mutualisation des risques et des instruments financiers pour répondre à de nouveaux séismes. Les trouble-fête du groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie) ont pris l’habitude du veto permanent, calculant au cordeau leurs reculades communautaires pour bien garder ouvert le robinet des fonds structurels. L’Espagne gère son boulet catalan. Les Pays-Bas, la Belgique et l’Autriche sont ligotés par le poids politique de l’extrême droite.

Le problème n’est pas tant la souveraineté européenne que le prix à payer pour y parvenir et l’assumer. Or cette facture-là, personne ne se précipite pour la régler.

Risquer davantage

L’heure de vérité a sonné. Emmanuel Macron l’a compris. C’est en homme seul que le président français devra, dans les mois à venir, se positionner sur le plan diplomatique. Cela ne veut pas dire qu’il restera isolé. La France peut, encore, construire des alliances victorieuses et marquer des points. La solidarité européenne, en particulier sur le plan commercial, demeure un objectif atteignable et une carte géopolitique. Mais il faudra, pour cela, prendre des risques bien plus grands qu’une ferme poignée de main.

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