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Emmenés par Ri Son-gwong (au centre), les délégués nord-coréens du Committee for the Peaceful Reunification of the Fatherland ont traversé ce mardi matin la ligne de démarcation entre les deux Corées à Panmunjom.
© Korea/Pool/EPA/Keystone

Revue de presse

La diplomatie du patin à glace a commencé entre les deux Corées

Un nouveau petit «rayon de soleil» semble percer entre les deux parties de la péninsule à un mois des JO de Pyeongchang. Gesticulations ou réel progrès? Les médias sont divisés

Après la main tendue de Kim Jong-un lors de son discours du Nouvel An, la Corée du Nord vient donc de proposer ce mardi, comme attendu, d’envoyer des patineurs artistiques (au minimum) et une délégation aux prochains Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang, en Corée du Sud (du 9 au 25 février)*. Ce, lors de l’exceptionnel face-à-face après les tensions provoquées par les ambitions nucléaires de Pyongyang, et à l’enseigne du Committee for the Peaceful Reunification of the Fatherland (CPRF). «Donald Trump serait favorable à cette idée et pourrait s’entretenir au téléphone avec Kim Jong-un dans ce but», précise Le Figaro.

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Séoul a profité de cette première rencontre en plus de deux ans pour demander que soit organisée parallèlement à ces Jeux une réunion des familles séparées par la guerre (1950-1953) au moment du Seollal, le Nouvel An lunaire prévu le 16 février, soit de mettre quelque baume sur un des héritages les plus douloureux du conflit, auquel est encore lié l’avenir des relations bilatérales entre les deux Corées.

Plus précisément, relate Courrier international, la Corée du Nord devrait «envoyer une délégation de haut niveau et des pom-pom girls» aux JO. L’annonce en a été faite pendant l’entrevue des délégués, au sud de la frontière entre les deux pays, sur le 38e parallèle nord. Cette décision, que le Guardian britannique qualifie de «prudente avancée diplomatique», arrive «après des mois de tensions croissantes dans la péninsule, en raison des essais nucléaires et des tirs de missiles menés par le régime de Kim Jong-un».

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Le protocole de la rencontre? Deux délégations menées, côté sud-coréen, par le ministre de l’Unification, Cho Myoung-gyon, et, côté nord-coréen, par Ri Son-gwon, le président de la CPRF dont le Korea Herald brosse un portrait plutôt flatteur, qui se sont retrouvées à la Maison de la paix, au cœur du village de la trêve de Panmunjom, dans la zone coréenne démilitarisée (DMZ). Laquelle est pourtant «sous tension permanente» depuis plusieurs années, comme l’explique Radio France internationale.

Le Monde détaille ce revirement du régime nord-coréen depuis le début de 2018, qui «peut s’expliquer par des raisons stratégiques et économiques. Après le tir réussi le 29 novembre d’un nouveau type missile balistique intercontinental, Pyongyang a annoncé avoir réalisé la grande cause historique de mettre au point une force de frappe nucléaire.» Couleuvre assez difficile à avaler, selon le Jyllands-Posten danois. Car oui, le régime voulait alors «produire en masse des missiles et des têtes nucléaires». Hypothèse nouvelle: il pourrait maintenant suspendre des essais devenus, momentanément du moins, inutiles.

Kim «doit obtenir des résultats»

«Certes, pour le quotidien français, le dirigeant exprime des vœux similaires chaque année, mais 2018 est l’année du 70e anniversaire de la création de la République populaire et démocratique de Corée (RPDC) et le dirigeant entre dans sa septième année de pouvoir.» Donc «il doit maintenant obtenir des résultats concrets», analysait tout récemment le spécialiste de la Corée du Nord Jung In-hwan, dans le quotidien de centre gauche Hankyoreh: «Il semble signaler les difficultés rencontrées à cause des sanctions que la Chine et la Russie, généralement plus favorables à la négociation, se disent prêtes à appliquer.»

Le même journal estime qu’il est irréaliste «d’espérer que Pyongyang annonce un jour soudainement vouloir conduire des négociations inconditionnelles dans le but de la dénucléarisation». Mais il pense aussi que le dialogue présente «clairement un potentiel pour ouvrir la porte vers un dialogue entre la Corée du Nord et les Etats-Unis». Des poignées de mains de ce type-là ne se voient pas tous les jours sur le 38e parallèle, même si les sourires demeurent un brin crispés:

Si plusieurs rencontres informelles nord-sud ont d’ailleurs déjà été organisées ces derniers mois, les opposants au dialogue – qui n’y voient que des discussions gesticulatoires – considèrent que l’attitude de Kim Jong-un constitue «une tentative d’éloigner Séoul de Washington», toujours aux yeux du Monde. «Pyongyang a très probablement lancé une offensive pacifiste pour briser le front commun international sur les sanctions et acheter du temps pour compléter son arsenal nucléaire», écrit aussi dans son éditorial du jour le quotidien conservateur Korea Joongang Daily.

Alors, «faut-il faire confiance à la Corée du Nord?» se demandait lundi Courrier international. De fait, la presse sud-coréenne est très partagée, «les journaux conservateurs pointant les risques de duplicité de Pyongyang» et les quotidiens plutôt progressistes insistant sur l’impasse dans laquelle se trouve le régime nord-coréen. L’idée même de «trêve olympique élargie» est soulignée «avec malice par le dessinateur néerlandais Arend van Dam»:

Le contexte international joue un rôle clé dans cette reprise du dialogue. Il «a été rendu possible par la suspension des manœuvres annuelles américano-sud-coréennes, «objet majeur de contentieux entre les deux Corées», expliquait Hankyoreh vendredi dernier. Mais Séoul ne doit non plus «se laisser prendre aux ruses nord-coréennes», lançait le journal conservateur Chosun Ilbo dans un éditorial un jour plus tôt:

La Corée du Nord cherche à sortir des sanctions internationales en menaçant les Etats-Unis, en signifiant son respect à la Chine et en lançant une carotte à la Corée du Sud, le maillon faible

Plus modéré, le Korea Herald avertit pour sa part de la nécessité pour la Corée du Sud de maintenir une concertation serrée avec les Etats-Unis pendant qu’elle parle au Nord – «Don’t be impatient», dit-il: elle «doit éviter de faire des gestes précipités ou de faire monter les attentes […]. Elle doit adopter une approche mesurée et prudente», tout en s’attachant «à calmer les inquiétudes de Washington».

«Il faut changer de logiciel»

La diplomatie «du patin à glace» aurait ainsi pour l’heure un premier «vainqueur» incontestable: Kim Jong-un. «Il faut changer de logiciel sur la Corée du Nord», explique Théo Clément au site Asialyst, doctorant à l’Ecole normale supérieure de Lyon, à l’Université de Vienne et ancien professeur à l’Université pour la science et la technologie de Pyongyang. Au jeu du «qui a le plus gros bouton?», c’est lui «qui rafle la mise»: «Dans sa marche stratégique et malgré les pressions américaines, Kim junior ne s’est jamais départi de son sourire. Du coup, le «feu et la fureur» ont, sinon changé de camp, du moins été renvoyés du côté de Washington. Make North Korea Great Again. Aidé par Donald Trump, le régime nord-coréen est passé maître en matière de relations publiques», et cela ne manque pas non plus de faire rire:

Et de poursuivre: «Le cocktail, nouvelle piste de ski et tirs de fusées, a, semble-t-il, produit son effet. La Corée du Nord alterne l’usage de sa puissance douce et celui des menaces.» Même si «au final, on en sait toujours aussi peu sur les conditions de vie des Nord-Coréens, […] après de longs mois d’impasse diplomatique, un nouveau rayon de soleil semble percer dans les relations intercoréennes».

Côté sud, l’agence de presse Yonhap prétend que «Séoul espère poursuivre l’«élan pacifique» au-delà des JO de Pyeongchang», afin d’améliorer les relations intercoréennes et de «chercher une collaboration étroite avec la communauté internationale pour achever la dénucléarisation nord-coréenne». C’est du moins ce qu’a déclaré la ministre des Affaires étrangères, Kang Kyung-wha, lors de la cérémonie de lancement du groupe de travail chargé d’accueillir les dirigeants étrangers durant les Jeux. De quoi renforcer «l’image pacifique de l’événement».


* Les autorités locales coréennes et le Comité international olympique utilisent en général le camel case PyeongChang, sans espace et avec deux majuscules, justement pour éviter la confusion avec Pyongyang.

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