Comment mieux résumer le premier voyage à l’étranger de Donald Trump qu’en citant un de ses propres tweets? «Ce voyage a été très réussi, a-t-il écrit vendredi. Nous avons créé et sauvé des milliards de dollars et des millions de jobs aux Etats-Unis.» C’est bien ce qu’il faut en retenir. Ce périple présidentiel était plus que jamais placé sous la bannière «America first», les intérêts économiques et commerciaux semblant l’emporter sur toute autre considération. Y compris l’idée, ambitieuse, de rapprocher les trois grandes religions monothéistes.

Premier constat: Donald Trump a paru bien plus dans son élément avec les monarchies du Golfe qu’avec ses partenaires européens. En Arabie saoudite, il a été reçu comme un roi – son image a même été projetée sur la façade de son hôtel –, tant ses hôtes étaient pressés de fermer la parenthèse Obama. Son «message d’amitié, d’amour et d’espoir» sur l’islam? Il s’est transformé en virulente charge contre l’Iran, à la grande satisfaction de l’Arabie saoudite et d’Israël. Le président américain a confirmé l’alliance avec les sunnites, tout en signant au passage un contrat d’armement avec Riyad pour plus de 110 milliards de dollars. Sans craindre de brouiller le message. Ravis par ce partenariat enrobé d’un clinquant papier cadeau, ses hôtes lui ont déroulé le tapis rouge, allant jusqu’à oublier ses attaques contre l’islam.

Le contraste avec sa visite à Bruxelles est saisissant. Pas de danse des sabres, ni de médaille royale, mais des mots durs. Le président a tancé les pays membres de l’OTAN, leur enjoignant d’«enfin payer leur part» et de «respecter leurs obligations financières». Sa brève allocution en a crispé plus d’un. Tous les présidents américains depuis Harry Truman s’étaient engagés à respecter l’article 5 de l’organisation et à défendre l’Europe si nécessaire. Pas lui. Obsédé par la participation financière, il n’a pas explicitement exprimé son attachement à la défense systématique entre alliés. Sa priorité: accroître le rôle de l’OTAN dans la lutte contre l’Etat islamique en Syrie et en Irak. Pari gagné de ce côté.

Donald Trump s’est aussi distingué par une charge contre les «mauvais» Allemands. En ligne de mire, les excédents commerciaux vis-à-vis des Etats-Unis. Obnubilé par ses mesures protectionnistes, il peine à délivrer un grand message politique. Vendredi, le sommet du G7 en Sicile s’est ouvert dans un contexte tendu, en raison des sujets de contentieux avec les Américains, commerce mondial et réchauffement climatique en tête.

De retour aux Etats-Unis, Donald Trump sera vite happé par les révélations sur l’«affaire russe», qui se succèdent à un rythme vertigineux. Son gendre et conseiller, Jared Kushner, intéresse désormais beaucoup le FBI. Déjà affaibli, le président vient aussi d’essuyer un revers judiciaire avec son décret anti-immigration, qui le pousse à aller jusqu’à la Cour suprême. Il cherchera certainement à minimiser ces difficultés, en brandissant ce qu’il retient de son premier voyage: «des milliards de dollars et des millions d’emplois». Comme un miroir aux alouettes.


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