Militantisme

D'Iran aux Etats-Unis: mes cheveux, ma bataille

Loin d’être une simple affaire d’apparat, se coiffer est devenu une arme de transgression sociopolitique, une façon pour les femmes de lutter contre le statu quo, tout en affirmant leur identité

Se coiffer est un acte éminemment politique. Alors que les Suisses devront bientôt voter sur l’interdiction de la burqa, la coiffure est devenue en quelques années une arme de transgression sociale, un canevas sur lequel esquisser un nouveau monde, plus égalitaire et plus tolérant. Comme le souligne Michel Messu dans son livre Un ethnologue chez le coiffeur (Ed. Fayard), «le cheveu est un donné immédiat, brut, massif, de ce que l’on reçoit d’un autre. Un élément premier d’identification. […] Il participe, comme héritage et comme élément constitutif de soi, à la formation des traits identitaires de la personne.»

Tomber le hijab 

En Iran, des femmes retirent chaque mercredi leur voile en public pour protester contre le port obligatoire du hijab, promulgué lors de la Révolution islamique en 1979. Baptisé «White Wednesday», ce mouvement lancé en mai 2017 par la militante Masih Alinejad fait des émules – féminines et masculines – dans le monde entier. «Avant qu’elles ne soient recouvertes par les prêches rageurs des Ayatollahs, hâtons-nous d’amplifier ces voix qui s’élèvent par-delà les frontières de la Perse éternelle», exhorte le twitto @antonstruve, tandis que @theo_coutreau ironise: «Et en France, on veut laisser les femmes mettre un voile. Mort de rire.»

Lundi passé à Moscou, certaines supportrices iraniennes ont carrément osé tomber le hijab lors du match Iran-Portugal. «Ces femmes ont le choix, elles optent pour la liberté! #PiedDeNezAuxMollahs», s’enthousiasme sur Twitter @bif_o. L'élimination persane a laissé la place à l’inquiétude. «Triste de savoir que ces supportrices iraniennes vont rentrer si tôt au pays et devoir remettre le voile #LeVoileCeNestPasLeurChoix», regrette @coldo3619.

Fières de leur afro

Aux Etats-Unis, les Afro-Américaines se sont emparées du cheveu comme métaphore de leur identité bafouée à travers le mouvement nappy (contraction de natural et happy). Aujourd’hui repris dans le monde entier, ce cri de ralliement capillaire tourne le dos aux tissages, lissages, défrisages et autres au profit d’une coiffure naturelle. Une façon pour les femmes noires et métisses de se protéger contre des produits chimiques ultra-nocifs, mais surtout de s’affranchir des injonctions esthétiques de la société blanche et de célébrer la black beauty.

«Dans les magazines, à la télévision, on nous répète sans cesse que la beauté, c’est d'avoir des cheveux lisses. Les petites filles grandissent avec cette idée dans la tête», se désole sur Channel 4 News la célèbre écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, qui se définit elle-même comme une «fondamentaliste des cheveux». L’insoutenable pouvoir du cheveu afro va jusqu’à infuser la pop culture, puisqu’en 2016, Solange, la sœur de Beyoncé, chantait «Ne touchez pas mes cheveux, car ce sont les émotions que je porte. Ne touchez pas mon âme […]. Ne touchez pas ma couronne.»

Mais n’allez pas croire que le combat des nappies est gagné. Au mois de mai, la chaîne allemande ZDF a ulcéré les réseaux lors de la diffusion du mariage du prince Harry et de Meghan Markle, car en guise de bande-son, les téléspectateurs ont eu droit à une magistrale leçon d’orientalisme (et de machisme) de la part des deux présentateurs. «Est-ce que ce sont des dreadlocks sur la tête de la mère de Meghan?» demande l’un. Réponse du collègue: «Ce sont des cheveux frisés qui ont été quelque peu défrisés. Probablement la même technique qu’utilise tout le temps Meghan.»

Sur le compte Twitter de Huffpost Blackvoices, les réactions fusent. «J’ai toujours été étonnée par la façon dont l’autre homme pense à nous – nos traits, notre peau, nos cheveux, etc. Tout ce que nous faisons n’a pas à être catalogué», développe @therealhawkstv. Pour Lina Rhrissi, journaliste au magazine Neon, le problème provient de Meghan Markle, une métisse aux cheveux crépus. En défrisant sa chevelure, la princesse perpétuerait ainsi «l’idée selon laquelle une femme noire ou métisse doit se plier aux canons de beauté blancs pour être acceptée. […] J’ai beau me ficher royalement des traditions de la monarchie britannique, j’aurais bien aimé que les petites filles noires et métisses de 2018 voient une «Nappy» et un prince anglais se marier en boucle sur BFMTV.»

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