Charivari

Dis, piéton, tiens-tu à ta vie?

OPINION. Ils traversent en dehors des clous, le nez dans leur smartphone, casque audio vissé sur les oreilles. Totalement déconnectés. Ces piétons seraient-ils immunisés contre le danger? Notre chroniqueuse, cycliste à Genève, s’inquiète

Je l’ai déjà écrit ici, je suis une cycliste réjouie. Heureuse de rouler à Genève, été comme hiver, de jour comme de nuit. Bon, je préfère la nuit, car pédaler, seule ou à deux, quand les rues désertes se transforment en boulevards ouverts, c’est la fête… Mais revenons au quotidien, nettement moins serein. Oui, à vélo, quand il le faut, je brûle un feu rouge, pour éviter, au feu vert, le démarrage en trombe d’une armée de motos, voitures et scooters. Oui, parfois, j’emprunte les trottoirs, car je n’ai pas pour projet immédiat de mourir coincée entre deux chauffards. Je l’ai aussi déjà écrit ici: tant que les 4x4, ces tanks de l’inutile, seront permis en ville, je me permettrai des libertés en matière de circulation routière.

Mais jamais, jamais, je ne fais pression sur un piéton. C’est une loi, un dogme sans discussion. Si je roule parmi les piétons, je les considère, leur souris et mets pied à terre chaque fois que le partage du territoire devient coton. Je ne fais pas comme ce cycliste, lundi soir, sur le pont de la Coulouvrenière, qui, casqué et lunetté – on aurait dit un pilote de l’US Air Force – a dévalé le pont tel un bolide, effrayant les gens sans ménagement. Il était dans son droit – les cyclistes sont autorisés dans le sens de la descente – mais la manière de faire, au secours! A ce stade, on peut parler d’agression.

Des zombies de la nouvelle modernité

Je condamne donc les deux-roues qui se comportent comme des bandits. Mais j’ai cette question aussi: «Piétons, tenez-vous à la vie?» A vélo, je ne compte plus le nombre de fois où je dois planter les freins parce qu’un badaud surgit sur la route, le nez dans son smartphone, casque audio vissé sur les oreilles, totalement déconnecté. Ou plutôt connecté, mais à une autre réalité. Le pire, c’est que ces zombies de la nouvelle modernité ne s’aperçoivent même pas de leur faux pas. Ils sont tellement immergés dans leur monde parallèle qu’ils ne voient pas en quoi traverser en dehors des clous, sans rien calculer, peut les mettre en danger.

D’ailleurs, ces fantômes urbains gênent également les piétons classiques, puisqu’ils imposent à ces derniers de les éviter. Et quand on sait que les conducteurs eux aussi pianotent gaiement tout en roulant… Dans la campagne de sensibilisation intitulée GE-RESPECTE qui imite des plaques d’immatriculation, le slogan «GE-SUISPASSEUL» est spécialement bien trouvé. Non, sur la chaussée, on n’est pas seul et on fait attention. Question de ne pas mourir ou de ne pas tuer.


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