France voisine

Discriminations dans l’emploi des frontaliers à Genève: le ton monte

Les offres d’emploi genevoises qui écartent les frontaliers sont contraires aux accords de libre circulation des personnes entre l’UE et la Suisse. Or elles se multiplient: le maire de Saint-Julien-en-Genevois en appelle aux autorités européennes

«La Suisse doit respecter sa parole. Pourquoi les décideurs économiques et politiques, qui défendent l’ouverture des marchés et le Grand Genève, sont-ils atteints de tétanie dès qu’il faut en défendre les contreparties?» Au téléphone, la colère le dispute à la révolte. «Les entreprises ne se rendent même plus compte que c’est illégal. Savez-vous que c’est une multinationale basée à Annecy, Sopra Steria, qui publie le plus d’annonces discriminatoires?!»

Antoine Vielliard, le bouillant maire de Saint-Julien-en-Genevois, n’en finit plus de s’expliquer depuis qu’il a célébré la Journée de l’Europe du 9 mai à sa façon: en envoyant aux services du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker une liste de 50 offres d’emploi récemment publiées à Genève et qui excluaient explicitement les travailleurs frontaliers, en violation complète des accords de libre circulation, selon lui.

«Résidence en Suisse exigée» pour ce poste d’assistant-e de gestion dans une banque privée genevoise; «Vous bénéficiez de la résidence et nationalité suisses» pour ce poste d’assistant.e de direction publié par un chasseur de têtes; «Pas de frontaliers» pour ce poste de délégué commercial dans le secteur pharmaceutique: autant d’annonces «discriminatoires» publiées sur JobUp qui ont aussi poussé le président du MoDem pour la Haute-Savoie à lancer une pétition sur Change.org, «Pour le respect des droits des Européens par la Suisse», qui avoisinait 700 signatures en cinq jours ce lundi après-midi.

Préférence cantonale dans le privé aussi

Antoine Vielliard accuse enfin les services de Mauro Poggia d’exercer un chantage aux subventions, aux marchés publics ou encore à l’attribution de permis B extra-européens. Ce à quoi le conseiller d’Etat genevois a répondu sur La Première de RTS que le canton n’exerçait aucune pression sur le secteur privé, et que c’était par bon sens et par responsabilité sociale que les entreprises privées souhaitaient recruter leurs collaborateurs sur place.

Sans surprise, ça ferraille dur sur les réseaux sociaux. «Pensez-vous très sincèrement qu’il y a tant de discrimination que cela, au vu du nombre de travailleurs frontaliers qui croît chaque année?» interroge sur Facebook Stéphane Courbat, le directeur ‎d’Innovatio Media, qui pointe d’autres discriminations cachées comme le copinage. «Une fois de plus, le maire de Saint-Julien veut faire la loi à Genève», soupire la conseillère MCG de Vernier Ana Roch, sur son blog hébergé par la Tribune de Genève. «Et la volonté populaire d’une reprise en main de l’immigration, votée un 9 février n’est toujours pas appliquée!!» se plaint un lecteur du Matin.

Double discours

Les élections genevoises étant passées, le sujet aussi brûlant que récurrent pourrait-il s’apaiser? Antoine Vielliard en veut particulièrement au président François Longchamp, qui lui a expliqué «ne discuter qu’avec l’ambassadeur» lorsqu’il l’a sollicité à propos des faux résidents secondaires en France, autre pomme de discorde; ou qui a tenu un «double discours surréaliste» à propos des écoles genevoises bientôt interdites aux Suisses habitant en France: «Le canton a affirmé devant les autorités françaises que peu d’enfants étaient concernés et que la croissance des effectifs était faible. Il a dit exactement le contraire à la chambre administrative pour justifier sa décision. Comment parler avec des élus qui nous mentent en face?»

Les propos sont très forts. Reste que François Longchamp ne sera bientôt plus conseiller d’Etat; et Pierre Maudet s’est dit intéressé par une rencontre lorsque Antoine Vielliard l’a félicité à Uni Mail, le jour de son élection, même si aucune date n’a été fixée. «On peut repartir sur de bonnes bases», veut croire le responsable politique français. Bien seul à mouiller la chemise pour les frontaliers.

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