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Maurane, lors d'un concert à Paris, en avril 1997.
© THOMAS COEX

Revue de presse

La disparition soudaine de la chanteuse Maurane laisse ses fans effarés

La vedette belge, à la fois forte et fragile pour Daniel Rossellat, n’avait que 57 ans. Elle séduisait parce qu’elle était une des rares à savoir insuffler des parfums jazzy dans les textes francophones. Les médias et les réseaux sociaux lui rendent de beaux hommages

«La vie, c’est fait pour danser, danser sur un twist again, baby.» Voilà les paroles pleines de punch que nous avions découvertes un soir de printemps, en 1988, salle communale d’Onex, pour le Journal de Genève. Elles tournent en boucle depuis quelques heures dans notre tête pleine de souvenirs, ceux d’une chanteuse qui avait du punch à revendre mais aussi un Prélude de Bach à hérisser les poils. Une des très grandes voix francophones de la Belgique, celle de Maurane, s’est tue ce lundi soir, bien trop jeune, à l’âge de 57 ans. C’est à la fois injuste et si attristant.

Deux chansons aux antipodes l’une de l’autre qui montrent bien toute l’étendue de la palette vocale et la puissance lyrique ce celle qui fut aussi Marie-Jeanne, la Serveuse automate – après Fabienne Thibeault –, dans la deuxième version de Starmania et qui, en octobre dernier, avait réglé ses comptes avec France Gall – feue elle aussi depuis – trente ans après. «Pour la chanteuse belge», cela avait été «une consécration et le début des problèmes», explique Le Figaro. «Vite surmenée», elle avait quitté l’opéra rock mythique de Plamondon-Berger «pour des raisons de santé».

C’est la RTBF qui a annoncé la nouvelle. Si sobrement qu’on en est tétanisé: «Elle a été retrouvée inanimée dans son lit, lundi, aux alentours de 20h. Un magistrat du parquet de Bruxelles s’est rendu à son domicile. Maurane, alias Claudine Luypaerts, habitait Schaerbeek.» Mais c’était une fille du monde. Entre mille et une proximités musicales, elle avait été une amie très proche de Claude Nougaro et avait enregistré, en 2009, un album pour célébrer le 80e anniversaire de la naissance du chanteur: Nougaro ou l’espérance en l’homme, avec, notamment, cette réinterprétation si douce et si intelligemment nostalgique de Toulouse:

Maurane était aussi une «adepte des réseaux sociaux», où elle a pu «compter sur une importante communauté de fans. Avec quelques dérapages, comme lorsqu’elle dévoile la date de diffusion du spectacle annuel des Enfoirés ou qu’elle critique vertement une candidate de The Voice Belgique. Les téléspectateurs se souviendront aussi de sa participation au jury de la Nouvelle Star sur la chaîne française D8.»

Lire aussi:  La chanteuse belge Maurane est morte

«Ce lundi soir», raconte le site du service public belge, on ne voyait, devant son domicile schaerbeekois, qu’un véhicule de police de la zone et quelques voisins aux fenêtres. Que lui était-il arrivé, après que, le 15 mars dernier, elle eut annoncé dans un tweet la préparation d’un album hommage à Jacques Brel:

On se souvient aussi de son élégance un peu décalée au tournant des années 80-90, de son regard de braise, de ses spectacles «musclés» et «salutairement toniques», portés par la grande malice de l’esprit plutôt mutin de cette lutine qui aimait chatouiller la sensibilité de ses fans. Ses mimiques, ses rythmes, son autodérision constante ravissaient. Un autre Belge, Adamo, en tournée au Chili, a confié être bouleversé par cette «affreuse nouvelle» au site Moustique.

Plusieurs artistes et personnalités politiques ont d’ailleurs réagi «dès la nuit». La Libre Belgique a compilé quelques-uns de ces centaines de tweets effarés. Le «Je n’arrive pas à croire que je ne t’entendrai plus rire et chanter», suivi du message tremblant et révolté de Lara Fabian. Et puis tous les autres, tant d’autres, d’Hélène Ségara au premier ministre belge, Charles Michel, en passant par Christophe Willem pour qui «elle savait mieux que personne nous toucher en plein cœur car elle ne chantait pas, elle vivait sa musique, comme une respiration lente, profonde, pour essayer de suspendre le temps ne serait-ce qu’un instant et adoucir mieux que personne ce monde».

«Considérée comme une des meilleures chanteuses francophones, une des rares à savoir insuffler à la variété des parfums jazzy, elle n’a jamais occupé la place qu’elle méritait, se voyant préférer une Patricia Kaas qui naviguait dans les mêmes eaux», écrivait Paris Match en 2011. «Peut-être est-ce dû au choix de ses chansons, moins formatées grosse cavalerie top 50, plus subtiles, réclamant une écoute plus attentive. «J’ai toujours choisi mon répertoire instinctivement, sans chercher le tube, de façon organique.» En 2016, Maurane avait été opérée des cordes vocales et s’était éloignée de la scène.»

Télérama se souvient pour sa part «de sa façon de chanter, qui ne se limitait pas au timbre exceptionnellement soyeux de sa voix. Elle avait, dans sa manière d’approcher les mots, de s’en emparer, de les envelopper, de les retourner, ce swing si singulier qui appartient aux chanteuses de jazz. En était-elle une? […] Maurane avait grandi auprès d’un père compositeur et d’une mère pianiste. Elle avait gardé le goût, peut-être même le fantasme, des musiques aventureuses et libres. Même si ce ne sont pas celles-ci qui l’avaient fait connaître.»

Un côté «sale tronche»

Le magazine français évoque aussi son côté «sale tronche»: «En interview, elle ne faisait guère d’effort pour se montrer aimable. Pourquoi pas? Dans un monde du showbiz où une séduction de pacotille règne sur les rapports humains, elle sortait volontiers des clous. Maurane se comportait comme bon lui semblait, quitte à fâcher.» Des candidats éplorés de la Nouvelle Star s’en souviennent encore.

Restera «une artiste attachante, forte et fragile qui pouvait passer d'une douce mélancolie à une énergie tonique», comme nous l'a confié le patron du Paléo Festival, Daniel Rossellat, qui l'avait accueillie trois fois à Nyon, en 1985, 1987 et 1997. Elle s'était aussi «engagée pour la lutte contre le sida et avouait parfois son complexe d'être ronde avec cette chanson» qui l'a marqué:

Il y a quelques mois, alors que novembre venait de poin­ter le bout de son nez, Maurane semblait nostal­gique de l’été, écrit aussi Gala. Nostalgique un jour, nostalgique toujours. «Très active sur Insta­gram», la chan­teuse avait publié «un rare cliché de famille», pris lors de vacances avec sa fille et son ex-époux. Se décri­vant elle-même comme «une mère protec­trice», elle tenait à la proximité humaine plus qu’à toute autre chose:

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