Opinion

Que nous dit la mode des jeans troués?

OPINION. La mode est dictatoriale: quoi qu’elle propose, elle l’impose à ceux qui la suivent. Celle des jeans troués interpelle cependant notre chroniqueuse, Marie-Hélène Miauton

«Qu’il soit élimé ou carrément lacéré, le jean déchiré femme s’impose parmi les pièces à avoir absolument dans sa garde-robe», assène un site de mode. Une promenade en ville, un arrêt à la sortie d’un collège ou d’un gymnase, une virée le soir dans les quartiers estudiantins le confirme: les demoiselles ne portent que des jeans troués, même si les garçons ne s’en privent pas non plus, de même que certaines dames ayant cessé d’être demoiselles depuis longtemps. Logique, me direz-vous, la mode est ainsi faite qu’elle s’impose rapidement et devient dictatoriale pour ceux qui pensent ainsi s’individualiser alors qu’ils témoignent exactement du contraire. Que les couturiers lancent chaque année une couleur qui deviendra emblématique du millésime, qu’ils jouent au yoyo avec la longueur ou l’ampleur des jupes, ce n’est que leur métier. Mais trouer des vêtements, c’est exactement contraire à leur vocation naturelle. C’est pourquoi la mode du denim destroy, devenue incontournable, envoie un message particulier qui en dit beaucoup sur notre société.

Indécence sociale

Porter ostensiblement un vêtement de pauvre justement parce qu’on est riche, et investir de l’argent dans un produit défectueux, c’est une indécence sociale qui relève du cynisme. Bien sûr, les jeunes ne réfléchissent pas à cela, ils ne font qu’adopter une mode et nous aurions tort de leur en vouloir. De même, leurs parents n’y voient qu’une passade sans gravité et laissent faire. Pourtant, cette tenue vestimentaire, parmi plusieurs autres du même style, encourage le «faire semblant» et banalise chez les jeunes des contre-valeurs pernicieuses. Car, outre le pantalon déchiré, il y a chez les garçons le froc dont l’entrejambe tombe à mi-cuisse, hérité des prisons américaines où les ceintures sont interdites, mais que les anciens détenus continuent de porter une fois libérés pour se reconnaître. Il y a aussi ces t-shirts loose en mode XXL dont le jersey arachnéen est tout déformé…