Ce dimanche, à Berne, le président Xi Jinping entamera une visite d’État qui bénéficiera d’une couverture médiatique importante en Chine. La télévision centrale (CCTV) enverra par exemple 60 journalistes pour relater l’événement. Une occasion, indiquait en début de semaine le directeur du Bureau de l’Information du gouvernement chinois, Jiang Jianguo, de mieux faire connaître la Suisse en Chine et la Chine en Suisse.

Aux journalistes suisses qu’il avait invités à l’hôtel Intercontinental, à Genève, le ministre expliquait qu’il est important de «comprendre la réalité chinoise». «Or, c’est nous qui la connaissons le mieux», concluait Jiang Jianguo. Une façon de dire que l’on peine à l’étranger à comprendre le système chinois. Que pense Xi Jinping, par exemple? Comment s’exprime-t-il? Pour mieux le comprendre, le plus simple est de le lire à l’aune de deux interventions en début et fin d’année 2016 (le compte rendu de ces discours est disponible – en chinois et en anglais – sur le site internet de l’agence du parti Chine nouvelle).

«Démocratie consultative»

Commençons par la plus récente. Fin décembre, Xi Jinping s’exprimait devant le Bureau politique du Comité central du Parti communiste chinois. Le thème de son intervention? «L’importance du centralisme démocratique pour le leadership», relate Chine nouvelle.

Le secrétaire général du PCC évoque souvent la démocratie dans ses discours, y compris sur la scène internationale. Hors des cénacles du parti, il parle d’une «démocratie consultative» comme le faisait Mao Tsé-toung dans les années 1950. Au sein du parti, c’est le concept marxiste de centralisme démocratique qui reste de rigueur.

«Les quatre consciences»

«Tous ceux qui sont présents ici font partie du leadership et devraient adopter une position correcte, a expliqué Xi Jinping aux dirigeants du plus grand parti du monde avec plus de 80 millions de membres. Peu importe votre position ou le pouvoir que vous confère votre fonction, chacun entre vous doit mettre en œuvre les décisions prises collectivement.»

Xi Jinping, qui s’est fait nommer «cœur» du parti l’automne dernier, insiste sur la loyauté et une stricte discipline. Les membres du Bureau politique doivent «établir quatre consciences»: l’idéologie, le tout, le cœur, la ligne. Un communiqué publié en fin de séance rappelle alors que Xi Jinping est le «cœur» des pensées, des politiques et des actions du Comité central. Ainsi fonctionne la démocratie communiste.

Journalisme marxiste

En février 2016, Xi Jinping livrait cette fois-ci sa pensée sur l’information lors d’un symposium de journalisme. «La gestion du journalisme et de la propagande (ndlr, mot traduit par publicité en anglais) est cruciale pour la voie du Parti, la réalisation des théories et des politiques du Parti, l’unité du Parti, de la nation et du peuple, tous groupes ethniques confondus, ainsi que le futur et le destin du Parti et du pays».

Xi Jinping veut un journalisme «factuel et objectif». Pour cela, il faut «promouvoir une éducation journalistique marxiste». «Selon Xi, écrit Chine nouvelle, la mission des médias du Parti est de fournir une guidance pour le public, instiller la confiance, rassembler les forces, trier le juste du faux et relier la Chine au monde».

Un RT chinois

Le 1er janvier 2017, CCTV a créé une nouvelle organisation, la CGTN ou Réseau de télévision globale de Chine. Il s’agit de six chaînes de télévision, dont trois en langues étrangères, d’un fournisseur de contenu vidéo et d’une division de média digitaux. Son modèle est Russia Today (RT), le média du Kremlin. Xi Jinping l’encourage «à bien raconter des histoires de Chine».


Lire également: