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Comment dit-on bobo en zurichois?

La langue alémanique aime la précision et possède des mots pour dire tout et n’importe quoi, mais pas pour désigner l’élite bourgeoise bohème qui peuple ses villes. Notre chronique d'un été à Zurich

La langue alémanique aime la précision et possède des termes pour toutes sortes de choses (la preuve: quand le français a besoin de trois mots pour dire «petit placard de cuisine», le suisse-allemand se contente de «Chuchichäschtli»).

Zurich produit ses propres expressions. La gentrification s’appelle «Seefeldisierung», de «Seefeld», ce quartier chic à l’est de la ville, dont les anciennes bâtisses transformées en logements de standing attirent les hauts revenus. Le même phénomène menace les Kreis (quartiers) 4 et 5, au centre-ville, où bordels, kebabs et épiceries asiatiques cohabitent avec des chaînes de restos végétariens, des galeries d’art et une flopée de bars branchés.

Une Seefeldisierung au stade précoce

Le jour, on y croise de jeunes hommes barbus avec enfant sur leur vélo triporteur, symptôme d’une Seefeldisierung au stade précoce. La nuit, la plèbe reprend ses droits sur la Langstrasse, qui s’emplit de basses, de cris et de verre brisé, sous le regard placide des policiers. Le lendemain, les balayeuses passent et tout recommence.

On appelle «Büezer» le travailleur à bas revenu, qui a tendance à se détourner de la gauche pour tomber dans les bras des populistes de droite. Lui ne met jamais les pieds à Seefeld. On dit «Bünzli» pour désigner le petit-bourgeois conformiste et garant de l’ordre établi, mieux connu en Suisse romande sous le nom de «Neinsager».

... en fait, pas de mot

Mais il n’existe pas de mot alémanique pour le bobo, cet urbain plutôt aisé, «le cœur à gauche et le porte-monnaie à droite», comme on dit. Soucieux du climat et du contenu de son assiette, il colonise le centre-ville et les étages du gouvernement et le reste de la société, surtout le «Bünzli», adore le détester. Un Zurichois, en somme.


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