La Suisse a un problème, qu’elle partage avec le monde entier certes, mais qui se pose avec beaucoup plus d’acuité qu’ailleurs. Les femmes qui dirigent des entreprises ou qui figurent dans les conseils d’administration d’entreprises helvétiques sont rares, encore plus rares que presque partout ailleurs.

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Elles sont 16% dans les plus grandes entreprises suisses, qui forment l’indice SMI de la bourse de Zurich. Elles ne sont plus que 9,1% si l’on prend en compte des plus petites sociétés, selon une étude mondiale du think tank Peterson Institute. Comme à Singapour ou en Malaisie. Les femmes sont deux fois plus représentées en Thaïlande, au Kenya ou en Suède. Et quatre fois plus en Norvège.

Cette absence est néfaste pour l’égalité autant que pour l’économie suisse. Les études académiques ou de consultants se multiplient pour calculer les performances, supérieures, des entreprises dont les hautes fonctions sont plus diversifiées. L’économie se porte tout simplement mieux lorsque les femmes sont représentées.

Si la Suisse est en retard, c’est en partie parce qu’elle n’a pas – encore – introduit de quotas ou de mesures plus ou moins coercitives pour que les conseils d’administration renouvellent le profil de leurs membres. Le Conseil fédéral a fait une proposition en fin d’année dernière pour introduire un minimum de 30% de femmes dans les conseils d’administration et planche sur un projet de mise en oeuvre.

L’enjeu ne se résume pourtant pas à cela. Les quotas sont une manière d’améliorer la situation, mais ce n’est pas la seule, ni la plus glorieuse. Surtout, faire le pari des quotas, sans autre mobilisation, ne suffit pas en soi, si ce n’est à améliorer un tableau de statistiques médiocres.

Les entreprises aussi ont un rôle à jouer, pour repérer et encourager les talents, éviter les discriminations. En résumé, à préparer et à former des cadres qui ne seront pas parachutées sans expérience et qui auront des difficultés à défendre leur crédibilité. Si elles veulent garder leur destin en mains, et ne pas se voir imposer contraintes et punition de la part des autorités, les entreprises ont tout intérêt aussi à plancher dans ce sens. C’est ce qu’ont fait les sociétés britanniques, en se contraignant elles-mêmes à atteindre 25% de femmes dans leurs conseils, elles n’ont pas fini de se féliciter des résultats réjouissants qu’ils obtiennent, en termes de professionnalisation des instances dirigeantes, par exemple. Les entreprises ont du coup revu leur objectif à 33% de femmes.

Enfin, une plus grande participation des femmes dans les sphères de décisions de l’économie est l’affaire des femmes elles-mêmes, lorsqu’elles saisissent les opportunités qui se présentent et insistent pour se faire une place. Les initiatives, comme celle du Career Women’s Forum cette semaine, qui lance un cycle de conférence pour donner des conseils pratiques à des candidates à des postes d’administratrices, sont à applaudir pour cette raison