La Suisse entière est suspendue aux lèvres de Simonetta Sommaruga. Nous sommes le 16 avril, et la présidente de la Confédération s’apprête à révéler les étapes du déconfinement. Depuis cinq semaines, ce n’est plus seulement la presse qui a rendez-vous avec le Conseil fédéral au centre des médias, mais des milliers d’habitantes et d’habitants. Voilà la présidente qui livre ses «gute Nachrichten». Les mesures de restriction ont fonctionné, quine! Le Conseil fédéral commence notre remise en liberté progressive, double quine! Nous pourrons regarder et écouter la RTS pendant un mois gratuitement, carton!

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La pub dégringole

Attendez, on rembobine. Que vient faire Darius Rochebin dans cette histoire? Alors que nous allons au-devant d’une récession socialement préoccupante, le Conseil fédéral nous offre des heures devant le petit écran. A trop user des pleins pouvoirs, il va finir par nous distribuer des Sugus. Mais le cynisme de la scène réside dans son public: tandis que la présidente s’adresse aux téléspectatrices et téléspectateurs, ce sont les journalistes qui lui font face.

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Plusieurs d’entre eux se trouvent, en dépit de leur importance vantée en période pandémique, au chômage partiel. Les recettes publicitaires dégringolent, bien que les lectrices et lecteurs soient au rendez-vous. Dans ce contexte, plutôt que de soutenir les médias privés, le Conseil fédéral baisse la redevance. A l’échelle individuelle, cela ne nous apporte pas grand-chose. Le montant total, en revanche, renforcerait sérieusement le quatrième pouvoir, moyennant des ajustements législatifs.

Des dividendes aux actionnaires

Mais le Conseil fédéral n’a pas le monopole du cynisme. TX Group (anciennement Tamedia) et la Neue Zürcher Zeitung ont pour leur part distribué des dividendes à leurs actionnaires juste après avoir eu recours au chômage partiel qui, rappelons-le, consiste en le paiement par la collectivité d’une partie des salaires. Cynisme aussi du côté de Google et de Facebook, qui offrent actuellement un coup de pouce aux journaux régionaux . Et qui, dans la vraie vie, ne se gênent pas pour sucer leur contenu journalistique sans aucune rémunération.

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Les médias traversent une crise, et elle ne s’appelle pas coronavirus. Une fois l’épidémie passée, le débat démocratique reposera sur la capacité de chaque maillon de la chaîne à prendre ses responsabilités. Y compris le dernier: nous, lectrices et lecteurs.


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