Éditorial

Divine Comédie

Le Grand Conseil genevois met fin à une malédiction historique en votant le crédit de construction de la Nouvelle Comédie. Et prouve qu’il est possible d’avoir de l’ambition, même quand les finances sont fragiles

Un très mauvais spectacle peut s’applaudir debout. Il suffit que l’épilogue soit renversant. Vendredi, le Grand Conseil genevois a voté oui au crédit de construction de la Nouvelle Comédie, soit 45 millions – sur les 98 millions que coûtera le théâtre. Pas une approbation molle, non. Une large et généreuse: quelque cinquante-huit voix pour, vingt-neuf contre. Aux premières loges, dans la tribune du public, les spectateurs ont exulté.

C’est que ce moment était attendu depuis 1987 au moins. Cette année-là, le metteur en scène Matthias Langhoff publie un fameux rapport pour une Comédie transformée. Le livre enthousiasme. Mais les politiques redoutent la dépense, malgré l’état déjà critique d’une maison inaugurée en 1913. C’est dire si le vote de vendredi est historique. D’autant plus beau qu’une partie du PLR hésitait à soutenir cette dépense. François Longchamp, le président du Conseil d’État, avait beau marteler l’importance du chantier. Le futur théâtre n’est-il pas destiné à devenir l’âme du quartier de la gare des Eaux-Vives, ce fruit du Ceva – la liaison entre la Gare Cornavin et Annemasse?

Mais le PLR a fait le pas, comme le PDC, les Verts et la gauche. Et c’est le destin de la culture dans le canton qui en est changé. La Nouvelle Comédie, qui devrait voir le jour en 2019, ne sera pas seulement un outil formidable pour les artistes de la région. Elle répondra à la demande d’un public désireux de confort et de transports esthétiques, ceux qu’offrent de grands spectacles européens. On ne compte plus les productions que la Comédie actuelle, garrottée dans ses oripeaux, n’a pu accueillir.

Qui a dit que Genève enterrait ses grands projets culturels? Beaucoup d’observateurs, certes. Mais voici que ce vote sonne comme un signal. Malgré des finances fragiles, il est possible d’être ambitieux, en votant par exemple l’agrandissement du Musée d’art et d’histoire, le 28 février prochain. Car la Ville et le canton ont beau se distinguer en Suisse par l’importance de leurs budgets consacrés à la culture. Si les murs ne sont pas à la hauteur, le retour sur investissements restera désespérément faible.

Dans la tribune du Grand Conseil, un groupe de professionnels – les acteurs Michel Kullmann, Dominique Catton, Sandro Rossetti, notamment – rosit de bonheur. Depuis 2001, ils travaillent dans l’ombre, sous la bannière de l’Association pour une Nouvelle Comédie. C’est à eux qu’on doit cet accouchement. À leur patience et à leur passion. «Nous construisons un théâtre pour les cent ans à venir», disent-ils volontiers. Le futur vaisseau est aussi le symbole de ça: d’une vision et d’un panache.

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