Santé

DJ BoBo, héraut des baisses de primes d’assurance

Le Département cantonal de la santé de Lucerne a choisi la star suisse alémanique des années 1990 pour illustrer sa campagne. Efficace?

Il y avait déjà Bernhard Russi pour Visilab, Roger Federer pour Jura, Martina Hingis pour V-Zug. Désormais, le panorama suisse de la publicité peut aussi compter sur DJ BoBo pour la réduction des coûts de la santé. Employer l’image d’une star pour faire passer un message est un coup marketing classique. Le canton de Lucerne en a récemment fait usage.

«N’allez pas chez le médecin pour chaque Bobo.» Que les bourgeois bohèmes se tranquillisent, ils ne sont pas concernés. Non, dans ce cas, le slogan présent sur les affiches en question évoque les petites blessures. Ces broutilles pour lesquelles certaines personnes ont tendance à se précipiter chez le médecin auraient contribué à augmenter le nombre de visites médicales de 10% en Suisse entre 2013 et 2017. Cela expliquerait en partie la hausse effrénée des primes d’assurance année après année.

La magie des mots

Puisqu’une image vaut mille mots, le canton de Lucerne a décidé d’illustrer son slogan avec la figure de Peter René Baumann, aka DJ BoBo. C’est ainsi que les rues du chef-lieu du canton se sont retrouvées placardées du portrait rayonnant de la star alémanique mondiale glorifiée par la déroute musicale qui sévissait durant les années 1990.

Entre BoBo et bobo, le jeu de mots n’est pas difficile à comprendre. Le canton de Lucerne a décidé de se servir du choix subtil du nom de la star pour optimiser sa communication. Dans un article du Blick, son directeur de la Santé, Guido Graf, explique ce qui prévaut dans son canton: «Chaque cas mineur entraîne des coûts inutiles.» Avant de préciser que l’objectif de sa campagne n’est pas de déconseiller une consultation chez le médecin, mais de responsabiliser le patient. Son collègue, le médecin cantonal Roger Harstall, souligne: «Beaucoup de personnes cherchent un avis médical pour un simple refroidissement, alors qu’ils pourraient très bien traiter eux-mêmes leurs symptômes.»

La dernière chronique d’Yves Petignat: La santé source d'inégalités

Des pratiques inquiètes

Ces pratiques inquiètes contribueraient, selon les interlocuteurs du quotidien zurichois, à surcharger inutilement les services d’urgence au détriment des patients qui en ont véritablement besoin. Pour résumer leur propos, donc, soyons moins anxieux, tout le monde a à y gagner.

Au-delà de ce débat, est-ce bien à DJ BoBo d’illustrer ce discours? Car hormis le fait que son nom de scène évoque de façon assez évidente les bobos […], sa présence sur cette campagne d’affichage va-t-elle réellement pousser les Suisses à tendance hypocondriaque à remplacer une consultation médicale par une tisane? Toujours sur le site du Blick, Heinz Locher, économiste de la santé, affirme douter fortement de l’efficacité de la campagne. «Il s’agit d’une tentative impuissante et peu créative de M. Graf pour maîtriser les coûts de la santé», avance-t-il.

Un gargarisme plutôt qu’une consultation

Et DJ BoBo lui-même, qu’en pense-t-il? Très peu de choses, en réalité. La star internationale de 51 ans serait en ce moment aux Etats-Unis. Mais sur la page de la campagne, l’Argovien affirme préférer, en cas de chat dans la gorge, se gargariser à l’eau salée plutôt que d’aller chez le médecin. Et en ce qui concerne sa page Facebook, seule sa prochaine tournée est évoquée. Car l’homme repart, en effet, à l’assaut de l’Europe. D’après les images déjà diffusées, il y aura des projecteurs, des couleurs fluorescentes, des femmes blondes qui chantent et des chorégraphies rythmées par des feux d’artifice.

L’avenir dira si sa présence sur l’affiche de campagne du Département de la santé lucernois aura permis de sensibiliser les patients. L’homme semble néanmoins savoir faire des miracles: Chihuahua, son dernier tube, a bien réussi à demeurer au classement du hit-parade pendant suffisamment d’années pour que les dix premières notes restent encore ancrées à jamais dans notre mémoire.

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