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Portrait présumé de Rachid Kassim, membre français de l'Etat islamique, qui aurait été tué à Mossoul en février 2017.
© Welayat Nineveh/AFP PHOTO

Hexagone Express

Djihadisme à la française, acte III

OPINION. Le départ de jeunes Français musulmans pour se battre en Syrie et en Irak avait constitué l’acte I de la tragédie djihadiste. Leurs combats, leurs otages et leurs vidéos, au Levant, marquèrent l’acte II. Leur mort sur place ou leur capture et leur retour ouvrent un acte III dont le contenu reste à écrire

Le titre de son livre a forgé un terme emblématique. Dans Les Revenants (Ed. du Seuil) publié en 2016, David Thomson racontait le destin de ces Français djihadistes hantés par l’islam meurtrier qui les a transformés. Or, deux ans plus tard, alors qu’Emmanuel Macron a lui-même promis, en janvier, «la fin de la guerre contre les terroristes en Syrie» pour ce printemps, cette notion de «revenants» n’a rien perdu de son acuité.

Après l’acte I que fut leur départ pour les rangs de Daech, et l’acte II marqué par leur participation directe ou indirecte au combat et aux attentats perpétrés dans l’Hexagone, le temps de l’acte II est celui de leur disparition, de leur détention ou de leur retour.

Tous irrécupérables?

Avec cette question: sont-ils tous irrécupérables? Gardent-ils tous ancrés en eux cette haine de la France qui les a souvent vus grandir? Et justifient-ils l’utilisation, par les services de renseignements français, des moyens les plus expéditifs pour leur interdire tout rapatriement en dépit de leur nationalité?

Un autre livre, très fouillé et éclairant, apporte une contribution à ce débat de société. L’Histoire secrète du djihad (Ed. Flammarion), de notre ancien collaborateur Lemine Ould M. Salem, revient aux sources de l’explosion de violence islamique qui secoue la planète depuis les années 80. Lors de longs entretiens-confessions avec Abou Hafs, un prêcheur mauritanien qui fut le numéro trois d’Al-Qaida et un proche conseiller d’Oussama ben Laden, le journaliste déjà coauteur du film Salafistes, montre combien l’enracinement idéologique de cette «guerre sainte» est à la fois profond et conjoncturel.

Un enracinement profond

Profond, parce que les théoriciens de la guerre islamique contre l’Occident, comme Abou Hafs, ont su répondre à une indéniable soif identitaire de générations de jeunes musulmans européens rendus perméables à la violence par leurs colères et leurs frustrations.

Or la force de ce discours, aussi haineux et caricatural soit-il, ne s’effondrera pas avec la défaite militaire de Daech dans le désert syrien ou irakien, où plus de 300 djihadistes français auraient trouvé la mort depuis 2014, selon des informations publiées ces jours. Au contraire: la défaite a souvent, pour les survivants, un goût de martyre. Lemine Ould M. Salem le démontre en écoutant Abou Hafs, aujourd’hui étrangement protégé par les autorités mauritaniennes pourtant en guerre contre les terroristes au Sahel: chez la plupart des ex-cadres d’Al-Qaida et de Daech, la folle ambition du «califat» demeure intacte.

Une accumulation de raisons

Une autre leçon apparaît toutefois à la lecture du livre de notre confrère: celle du moteur conjoncturel de ce djihad meurtrier. Sans argent (merci aux pétrodollars amassés par les oligarques du golfe Persique), sans l’appui de structures para-étatiques (l’ancienne armée de Saddam Hussein en Irak) ou carrément d’Etats à part entière (le rôle trouble de l’Iran revient sans cesse), et surtout sans le vide idéologique dévastateur engendré par l’effondrement du nationalisme laïc arabe, la folie djihadiste n’aurait pas fait de tels ravages.

Lemine Ould M. Salem explique notamment combien l’idéologie semée par les Frères musulmans, apparus dans les quartiers français au milieu des années 90, s’est peu à peu transformée en champ de mines. Le vide associatif, après les grands moments de l’antiracisme des années 80, ne demandait qu’à se remplir. La porte de l’enfer s’est ouverte et l’étau familial, ou parfois mafieux, a fait le reste, poussant dans les bras des recruteurs des jeunes fanatisés par des «grands frères»…

Ne pas les mettre dans le même sac

Ce sont ces entrelacs familiaux, sociaux, éducatifs, qui se retrouvent aujourd’hui au cœur de l’acte III du djihadisme à la française. Avec une exigence: ne pas mettre tous les «revenants» dans le même sac. Et savoir, surtout, dénouer les fils de chaque itinéraire. Qui se souvenait, par exemple, que le vétéran et meurtrier Sabri Essid, originaire de Toulouse et récemment exécuté en Syrie, était lié par alliance avec la famille de l’autre Toulousain Mohamed Merah, auteur des attentats de mars 2012, dont le frère vient d’être condamné à 20 ans de détention?

Aussi semblables soient-ils, ces «revenants» ont tous des parcours particuliers qu’il faut aujourd’hui disséquer pour comprendre. Tel est aujourd’hui, en plus des obligations sécuritaires, l’impératif dans un pays comme la France: comprendre les engrenages personnels qui conduisirent aux actes I et II. Pour espérer endiguer, demain, la dangerosité de l’acte III et des actes suivants.

A lire aussi: Mon enfant se radicalise. Des familles de djihadistes et des jeunes témoignent (Ed. Odile Jacob)


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