revue de presse

Les djihadistes de l’EI saccagent les trésors «païens» du Musée de Mossoul

Une nouvelle vidéo montre les actes de vandalisme culturel de Daech. L’Unesco est scandalisée. Ces collections contiennent des objets inestimables des périodes assyrienne et hellénistique, datant de plusieurs siècles avant l’ère chrétienne

Après la bibliothèque, le musée. Des statues d’une valeur inestimable, des frises et autres trésors préislamiques ont été réduits en miettes au Musée de Ninive, à Mossoul, dans le nord de l’Irak: en vidéo, voilà le nouvel avatar propagandiste des djihadistes du groupe Etat islamique. On les voit vandaliser à coups de masse ces pièces imposantes – dont un magnifique taureau ailé à cinq pattes – issues des collections des périodes assyrienne et hellénistique. Elles datent de plusieurs siècles avant l’ère chrétienne, aux sources de la civilisation:

Les experts confirment, déplorent. Ils comparent l’absurdité du geste à la démolition des bouddhas de Bamiyan par les talibans en Afghanistan en 2001. Et la directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, a immédiatement réclamé la convocation d’une réunion de crise du Conseil de sécurité des Nations unies.

Thomas Campbell, de son côté, le directeur du Metropolitan Museum of Art, à New York (Met), a qualifié ces destructions de «catastrophiques» et fait part de sa «grande tristesse»: «Une telle brutalité gratuite doit cesser, dit-il, avant que tous les vestiges de l’ancien monde soient anéantis.» Heureusement, certaines de ces pièces n’étaient que des copies:

«Sur la vidéo, un membre de l’EI explique, face caméra et à visage découvert, que ces œuvres vieilles de plus de 2000 ans sont dans le collimateur des islamistes en raison de leur caractère païen, opposé à la conception d’un islam rigoriste», lit-on sur le site de France 24. «L’homme évoque par ailleurs la valeur marchande des objets détruits, parlant de «plusieurs millions de dollars» réduits en poussière.» Beaucoup proviennent de la ville antique de Hatra, située dans le désert à 100 km au sud-ouest de Mossoul.

Un djihadiste a aussi été contacté par la chaîne française et «a comparé ces œuvres millénaires à des objets sataniques qui auraient dû rester sous terre». «Les archéologues n’auraient pas dû y toucher», a soutenu cette source. Les fouilles archéologiques dans cette zone remontent au XIXe siècle. Et Axel Plathe, le directeur du bureau de l’Unesco pour l’Irak, a la comparaison parlante: «C’est comme la Mona Lisa, ce sont des œuvres qui […] font partie du patrimoine universel.»

«Au lieu d’adorer Dieu»

Dans une autre scène de la vidéo, les vandales «ont également recours à un perforateur pour défigurer un imposant taureau ailé assyrien en granit, sur le site archéologique de la porte de Nergal à Mossoul, ville contrôlée par les djihadistes depuis l’été», précise L’Orient-Le Jour, au Liban. «Fidèles musulmans, ces artefacts derrière moi sont des idoles pour les peuples d’autrefois qui les adoraient au lieu d’adorer Dieu», déclare un djihadiste. Les soi-disant Assyriens, Akkadiens et d’autres peuples avaient des dieux pour la pluie, pour les cultures, pour la guerre.» Des idoles, que renie l’islam rigoriste.

«Jeudi, des membres de l’EI ont également fait exploser une mosquée du XIIe siècle dans le centre de Mossoul. Selon un professeur d’architecture irakien basé à Amman, Ihsan Fethi, qui a regretté «une perte terrible et un incroyable acte de terrorisme culturel», les djihadistes s’en sont pris à la mosquée Khudr, car elle contenait également la tombe d’une personne révérée.»

«Les larmes aux yeux»

Le Monde raconte encore que Samir Abdulac en a «les larmes aux yeux». Pour le secrétaire général du Conseil international des monuments et des sites (Icomos), «c’est un moment à classer dans les pires moments de l’histoire de l’archéologie». A ses yeux, «les islamistes sont allés au bout de l’horreur en montrant l’égorgement d’un homme, puis de deux, puis de dix, en diffusant des images de personnes mises en cage, brûlées. Ils doivent désormais changer de registre pour atteindre les esprits et faire réagir l’opinion publique.» Axel Plathe partage ce point de vue: «C’est une mise en scène choquante de destructions, comme ils ont mis en scène des assassinats.»

Car ces images offensent lourdement le regard occidental, elles reposent sur un geste dont le but est de manipuler l’opinion. Elles nous renvoient à notre impuissance. C’est bien ce que cherche l’EI.

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