Nouvelles frontières

La doctrine Obama

Barack Obama a livré sa vision de la défense des intérêts américains dans le monde devant l’Assemblée générale de l’ONU. Un exercice bienvenu de réalisme, de cynisme et d’honnêteté qui devrait profiter à la diplomatie

Nouvelles frontières

Un amateur, le président des Etats-Unis? A tous ceux qui l’ont accusé d’incohérence, de faiblesse ou de lâcheté, de manquer de leadership ou de louvoyer dans la crise syrienne, Barack Obama a répondu point par point mardi à la tribune des Nations unies. En fait, il s’adressait à ses concitoyens et à son Congrès plus encore qu’au reste du monde. Critiqué pour son manque de leadership dans les soubresauts du Proche-Orient, il a livré sa vision des relations internationales et du rôle des Etats-Unis dans un monde de plus en plus instable: c’est la doctrine Obama.

Cette doctrine n’est pas révolutionnaire. Les impératifs de sécurité, comme pour toute autre nation, l’emportent sur l’affirmation des valeurs, aussi élevées soient-elles. Mais rarement un chef d’Etat n’a détaillé avec un tel souci didactique l’articulation de ses priorités en matière de politique étrangère et la façon de les mettre en œuvre.

Pour les Etats-Unis, les «intérêts vitaux» («core interests») se déclinent en quatre axes: la défense des alliés; l’accès à l’énergie; le démantèlement des réseaux terroristes; la limitation des armes de destruction massive (ADM). L’affirmation de ces intérêts-ci peut nécessiter une «action directe», c’est-à-dire unilatérale et militaire. Les Etats-Unis ont bien sûr d’autres intérêts, mais on comprend qu’ils sont secondaires: la promotion de la démocratie, des droits de l’homme et de l’ouverture des marchés, qui sont les meilleurs garants de la paix et de la prospérité. Ces intérêts-là sont mieux défendus dans un cadre multilatéral, lorsque la communauté internationale est le partenaire des Etats-Unis. L’intervention en Irak a démontré que la démocratie ne pouvait s’imposer par la force.

Barack Obama ne se contente pas d’expliciter cette hiérarchie, il reconnaît que la position américaine peut paraître contradictoire. Ainsi, l’usage d’armes chimiques par le régime syrien – ce dont il se dit convaincu – devrait justifier une intervention. Mais il précise aussitôt que, dans ce cas, il privilégie encore la voie diplomatique car in fine un règlement politique sera de toute façon nécessaire pour mettre un terme à la guerre civile.

Sa façon de penser la complexité du monde en fonction de ces priorités est clairement exposée dans le cas égyptien. Là-bas, Barack Obama a été accusé par tous les camps de faire le jeu de leurs adversaires… «Les Etats-Unis travailleront parfois avec des gouvernements qui ne répondent pas, du moins de notre point de vue, aux plus hautes attentes internationales, mais qui travaillent avec nous pour nos intérêts vitaux», a-t-il expliqué. Washington va donc soutenir prudemment un gouvernement sous contrôle militaire dont il réprouve les méthodes mais qui «promeut les Accords de Camp David et la lutte contre le terrorisme». Voilà qui est clair.

Cynisme? Réalisme? Certainement. Mais cela rend lisible la stratégie américaine. Rien n’est pire dans l’interaction entre Etats que les faux-semblants au nom de principes moraux qui détruisent toute possibilité de relation de confiance. Ce n’est pas renoncer à ses valeurs, mais signifier leurs limites. Ce réalisme est la forme d’honnêteté nécessaire à la négociation entre ennemis d’hier pour forger les compromis de demain. La défiance et le mensonge sont le poison des relations internationales autant que la soif de puissance et de domination. C’est la grande différence avec le «néoconservatisme» de l’administration de George W. Bush.

Cet effort de transparence peine forcément à voiler les inconséquences de la politique des Etats-Unis. Certains alliés sont bien encombrants, Arabie saoudite en tête. Son pétrole n’est plus aussi stratégique qu’il ne le fut par le passé. Son wahhabisme et ses fortunes restent les principales sources d’inspiration et de financement du versant extrémiste de l’islam. L’acquisition par Israël de l’arme atomique a largement participé de la course aux armes de destruction massive. Reconnaissons à la doctrine Obama le mérite de redonner une chance à la diplomatie non pas pour esquiver les responsabilités de la première puissance mondiale, mais pour agir de la façon la plus rationnelle qui soit.

Cet effort de transparence peine forcément à voiler les inconséquences de la politique des Etats-Unis

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