Au cours de l’année 2017, le dollar a perdu près de 14% de sa valeur vis-à-vis de l’euro. Comment est-ce possible alors que l’économie américaine est en plein boum, avec un taux de chômage historiquement bas et un président qui défend les intérêts des entreprises et des banques? L’explication est simple: le dollar est surévalué.

Un aspect peu discuté de la grande crise financière qui éclaté il y a bientôt dix ans est le comportement des taux de change. Au vu de la violence de cette crise, on aurait pu s’attendre à une dislocation des marchés de change. Rien de tel ne s’est produit, du moins en ce qui concerne les pays développés. La raison est une intense collaboration entre les principales banques centrales – dont la BNS – qui se sont engagées à se prêter les unes les autres leurs propres devises.

Un euro relativement stable

Mais si les marchés des changes ont continué à fonctionner normalement, ou presque, les taux de change ont connu des fluctuations parfois très amples. On l’a vu avec le franc, qui est passé vis-à-vis de l’euro de 1,67 en juillet 2007 à 1,05 en août 2011, avant de remonter un mois plus tard à 1,25 après la décision de la BNS d’établir le taux plancher de 1,20. Bien sûr, nul n’a oublié la baisse en dessous de 1 franc en janvier 2015. Les mouvements du dollar vis-à-vis de l’euro n’ont guère été plus modérés. Entre les débuts de 2008 et de 2014, il a oscillé à plusieurs reprises entre 1,6 et 1,2. Puis, entre juin 2014 et mars 2015, il s’est massivement apprécié, passant de 1,4 à 1,06. Il est resté à ce niveau jusqu’à la fin de 2016.

Ces mouvements vis-à-vis de l’euro pourraient indiquer que c’est l’euro qui est instable et non pas le franc ou le dollar. Comment le savoir quand toutes les devises bougent dans tous les sens? Un moyen de répondre est de se demander qu’est-ce qui arrive à l’euro, ou au franc, ou au dollar, en moyenne vis-à-vis de toutes les autres devises, prenant en compte l’importance de chaque pays dans les échanges internationaux. Si l’on fait ce calcul, tenant aussi compte de l’évolution du coût de la vie dans chaque pays, on s’aperçoit que l’euro a été relativement stable et que le dollar s’est considérablement apprécié de 2014 à 2016, d’environ 25%. Fin 2016, il était à un niveau jamais observé depuis 1985. A l’époque, on avait considéré que le dollar était massivement surévalué et plusieurs conférences internationales avaient été convoquées pour chercher des solutions. Il avait alors fallu trois ans pour que le dollar baisse de près de 30% (en moyenne et en tenant toujours compte du coût de la vie). Ainsi mesuré, durant l’année 2017, le dollar n’a baissé que de 7,3%. Il lui reste beaucoup de chemin à faire, et cela va probablement prendre du temps.

Début de retour à la normale

Tout ceci ne fait que décrire ce qui se passe, mais y a-t-il une explication? Les profondes oscillations du dollar depuis une dizaine d’années reflètent l’évolution de la crise financière, aux Etats-Unis et ailleurs. Sans surprise, le dollar a chuté lorsque la crise a éclaté, emportant Wall Street. La réaction rapide et efficace des autorités américaines l’a fait remonter. Lorsque d’autres banques centrales ont suivi, le dollar est redescendu, tout bonnement parce que les autres devises remontaient. La crise de l’euro a fait remonter le dollar (et le franc) avant qu’il ne baisse de nouveau quand la banque centrale des Etats-Unis a fait descendre son taux d’intérêt à presque zéro. Depuis 2012, le dollar est puissamment remonté pour deux raisons. D’abord, la politique des taux zéros a été largement adoptée ailleurs, faisant baisser les autres devises. Ensuite, la reprise économique est arrivée en premier aux Etats-Unis.

Aujourd’hui, la reprise tend à se généraliser et on assiste au début d’un retour à la normale. Dans l’année qui vient, il est probable que la BCE va commencer à normaliser sa politique monétaire, deux ans après la banque centrale des Etats-Unis. Elle sera suivie – ou un peu précédée, ça reste à voir – par la BNS. Le Japon n’en est pas encore là, semble-t-il, mais cela viendra. Le dollar ne tombe pas, il redescend de la stratosphère. La seule surprise, c’est qu’on ne semble pas mesurer à quel point il a été, et reste, surévalué. Ce qui ne veut pas dire qu’il va baisser tout de suite.


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