Alors que les explorations pétrolières montrent des signes de fin de cycle et une pénurie à venir, les grandes puissances n’attendent pas pour s’adapter et maintenir leur suprématie. La domination de demain résidera davantage dans la maîtrise de l’énergie que dans l’exagération militaire. Force est de constater que l’arsenal des grandes puissances s’annule. Russie en Syrie, Turquie en Libye, Chine à Hongkong, les réactions n’arrivent plus à dépasser l’échange de mémos entre ambassades.

Alors que l’exploration pétrolière montre les limites d’un monde fini, la suprématie se déplace dans l’acquisition, le contrôle, le transport et la production d’électricité. Accusée de toujours copier, la Chine a compris que pour prendre la première place, une stratégie de disruption lui évite d’affronter frontalement les Etats-Unis et l’Europe. Pékin ne copie plus, il ose, innove. Depuis 2008, la Chine a accaparé le secteur des énergies propres comme l’éolien et le solaire ainsi que la mobilité électrique et le stockage.

Avions de chasse à la retraite

Leur industrie solaire et l’extraction de terres rares décapitées, les USA se sont repliés sur leur tradition pétrolière avec l’objectif d’extraire de plus en plus de pétrole et de gaz, même à perte. Pour se rassurer, l’administration Obama-Biden avait lancé le concept d’abondance énergétique. Trump en a fait une doctrine de dominance énergétique sur le monde. Sûr de son avantage, il a abandonné le Moyen-Orient et un Irak pourtant chèrement payé. Le schiste avait le potentiel de délivrer plus d’impact qu’une bombe, mais la bulle a explosé. Le prochain président devra trouver une nouvelle source énergétique sous peine d’avancer vers le déclin. Ironie de l’histoire, les Etats-Unis pourraient copier la Chine.

Aujourd’hui, le siège le plus confortable est détenu par la Russie, véritable grenier énergétique. Alors que les vieux gisements d’hydrocarbures s’épuisent, le potentiel de l’Arctique et de schiste restent intacts. A moyen terme, le tsar pourrait tenir le rôle de faiseur de rois. En Europe, l’Allemagne l’a bien compris en connectant, en exclusivité, les gisements gaziers russes avec ses industries.

Il est évident qu’un niveau minimal d’arsenal militaire est nécessaire pour protéger ses ressources et dissuader. Mais les armées font face à des changements technologique et énergétiques phénoménaux. Les robots tueurs remplacent les soldats dans les missions périlleuses. La faiblesse d’un soldat repose dorénavant sur une autonomie électrique de 72 heures. Après, il lui devient impératif de trouver une recharge pour ses 12 kilos de piles pour activer son arsenal électronique. Les avions de chasse sont appelés à disparaître, poussés à la retraite par les drones et le manque de kérosène. La table a été renversée et c’est dans la profondeur des cyberattaques que réside l’efficacité. Les centres de contrôle des installations énergétiques deviennent des proies prioritaires. Sans électricité, un pays pose un genou à terre. Sans pétrole, ses heures sont comptées.

Un nouveau «Mad Max»

Encore une fois, Pékin montre la voie et achète à tour de bras les infrastructures énergétiques. Dans les mailles de son filet, on retrouve le Portugal, Oman, le Chili ou les deux nouvelles centrales nucléaires anglaises. Grâce aux prouesses technologiques et à ses achats stratégiques, elle pourra livrer l’électricité produite sur son territoire directement à l’Europe dans un contexte de soumission énergétique.

Pionniers dans ce changement de paradigme, se trouvent les gouvernements à main de fer comme la Chine, la Russie ou la Turquie, qui comptent sur la vision et la puissance d’un homme. L’annexion du gaz méditerranéen par Ankara illustre parfaitement le propos. De son côté, l’Europe a perçu le danger et se lance dans la maîtrise de l’hydrogène avec une électricité produite localement.

Mad Max avait proposé des scénarios qui semblaient futuristes. A y regarder de plus près, un nouvel épisode s’écrit en ce moment.


Une précédente chronique: Energie: qui prendra le leadership mondial?

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