Hasard de calendrier ou pas, le rapport annuel d’UBS publié lundi vient alimenter un des débats parlementaires les plus chauds, provoqué par l’initiative «contre les rémunérations abusives». La banque a versé près de 55 millions de francs de bonus à ses dirigeants, au titre de l’exercice 2009. Une année au cours de laquelle elle a pourtant perdu 2,7 milliards.

Que le président d’UBS, Kaspar Villiger, ait renoncé à sa prime de 2 millions et se contente de 676 000 francs ne changera rien au mécontentement populaire. Car un responsable de la banque d’investissement va toucher, seul, 13,2 millions.

Les partis politiques ont exprimé hier leur désapprobation à propos d’une banque sauvée deux fois de la faillite par les pouvoirs publics, après la crise des «subprime» et le scandale fiscal aux Etats-Unis. Mercredi au Conseil national puis jeudi aux Etats, ils auront l’occasion d’en reparler en débattant d’un contre-projet à l’initiative de Thomas Minder.

Alors que le chômage commence juste à se stabiliser, l’émoi reste légitime face à de telles rémunérations. L’entrepreneur schaffhousois estime que trop de dirigeants ont volé le pouvoir aux actionnaires pour s’enrichir. Il veut le leur rendre, avec une solution tatillonne et en partie contre-productive.

L’émotion est mauvaise conseillère. Or la question complexe des rémunérations appelle une réponse habile. Rappelons-nous que la banque qui avait la politique de bonus jugée la plus «durable» est celle qui a disparu, Lehman Brothers.

Ensuite, il est faux de croire que rien n’a changé. Les rémunérations des dirigeants d’UBS ne sont plus celles du temps des excès. De nouvelles directives imposent qu’une partie des primes soit différée, une autre versée seulement si les chiffres sont durablement bons. En outre, il faut garder en tête que les hauts revenus sont déjà lourdement taxés, jusqu’à 50% à Genève par exemple. Même si on peut le regretter, des entreprises en difficulté doivent pouvoir verser des bonus pour retenir leurs meilleurs éléments. Les plafonner? La mise en œuvre est impossible. Enfin, le contexte international n’est pas à négliger. Les Etats-Unis et l’Europe ne se sont de loin pas encore entendus sur une réglementation internationale.

La voie reste donc étroite pour répondre aux attentes du peuple, sans produire un remède pire que le mal.