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Avec 13,3 donneurs post mortem par million d’habitants, la Suisse est à la traîne en matière de don d’organes. 
© GAETAN BALLY

Conférence de conciliation

Don d’organes et consentement présumé: le nécessaire débat

La Suisse est à la traîne en matière de don d’organes. Pour que cette situation change, il faudra enfin débattre de l’introduction du consentement présumé, estime la députée Rebecca Ruiz (PS/VD)

Il y a bientôt trente ans, un don d’organe sauvait la vie de ma cousine. Elle avait 14 ans et son foie avait cessé de fonctionner définitivement en quelques semaines. Le diagnostic posé, un seul espoir: une transplantation hépatique sous 48 heures. Il fallait donc trouver un foie compatible très vite. Il fallait aussi une équipe médicale digne de confiance – en 1987, seules 18 greffes du foie avaient été réalisées en Espagne, où se déroule cette histoire.

Des heures d'angoisse

A l’époque, le remplacement d’un foie malade par une greffe issue d’un prélèvement sur un donneur vivant ne se pratiquait pas encore. Durant ces heures d’angoisse, un jeune homme décédait d’un accident de la route à l’autre bout du pays. Cette mort a rendu une vie possible: elle a été le numéro 19, comme elle le dit elle-même aujourd’hui.

Lire aussi: Donner un organe de son vivant

Deux ans plus tard, l’Espagne créait l’organisation nationale de transplantations, complétant par des procédures hospitalières claires et une coordination efficace la règle du consentement présumé, ancré dans la loi depuis 1979. Selon ce régime, toute personne décédée qui n’aurait pas manifesté de volonté contraire de son vivant est supposée consentante pour donner ses organes. Les proches demeurent toutefois systématiquement consultés. Depuis, le pays détient le record de donneurs d’organes décédés par millions d’habitants, 43,4 en 2016. On en dénombre 13,3 en Suisse, ce qui se traduit par deux décès chaque semaine par manque de dons.

Une avancée, puis une marche arrière

Le parlement s’est saisi de la question plusieurs fois ces dernières années. Le Conseil national avait même accepté le principe du consentement présumé, avec une majorité traversant les clivages partisans. Mais c’est le point de vue du Conseil fédéral qui l’a emporté en 2015. Un plan d’action incluant notamment sensibilisation du grand public et formation du personnel médical lui paraissait plus utile qu’un changement législatif de ce type, perçu comme une atteinte trop importante aux droits de la personnalité.

La question, pourtant, reviendra: une initiative populaire est sur le point d’être lancée. Le calendrier est idéal. Si elle aboutit, les autorités fédérales pourront la traiter au moment où un premier bilan aura pu être tiré du plan d’action lancé il y a trois ans. Nous pourrons alors mener le grand débat qui n’a jamais eu lieu. Car il n’est pas nécessaire d’avoir connu, parmi ses proches, un cas concret pour être touché par le don d’organes. Nous sommes tous receveurs potentiels, pourquoi ne pas tous devenir donneurs potentiels?


La précédente chronique de Rebecca Ruiz: Santé: couvrez ces coûts que je ne saurais voir

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