Conférence de conciliation

Don Quichotte contre Netflix

OPINION. Taxer les géants du Net, c’est tendance. A défaut d’innover dans la technologie, les administrations nationales deviennent un vivier à idées fiscales, qui ont toutefois montré leurs limites et s’avèrent finalement assez peu convaincantes du point de vue de l’intérêt public

C’est en grande pompe et en juillet que le ministre de l’Economie a obtenu sa taxe sur les GAFA pour la France. Ce pays merveilleux où, comme chacun le sait, les finances publiques brillent par leur rachitisme. Le fond de l’affaire était entendu. Quand une société américaine gagne de l’argent, Bercy tousse. Quand elle ne lui verse pas d’impôts, Bercy s’étouffe. Mais Bercy sera sauvé, grâce à la taxe GAFA. Un nouvel impôt de 3% frappera le chiffre d’affaires de ces horribles sociétés dont le grand défaut est d’avoir réussi là où le Minitel et le Bi-Bop ont échoué: inventer un monde connecté.

O rage! ô désespoir! Les grands docteurs ès impôts n’ont pas su anticiper la réplique. A la surprise générale, Amazon reportera les 3% sur ses «partenaires», soit des petits commerçants bien français qui profitent de la plateforme américaine pour y gagner leur vie. Et qui supporteront désormais une nouvelle charge dont ils se seraient bien passés. Le géant américain échappera, quant à lui, à ces velléités toutes populistes qui consistent à faire croire que lorsqu’une entreprise est imposée, la facture n’est pas payée par le client ou le salarié.

«Quand on taxe le lait, ce n’est pas la vache qui paie l’impôt»

Ne rions pas trop du malheur de nos voisins. En Suisse, c’est l’Office fédéral de la culture qui s’est lancé dans la taxation aventureuse des méchants du numérique. Ils veulent ainsi prendre à Netflix et à ses concurrents 4% de leurs revenus. Pour le cinéma indigène. Quand la cause est noble, tous les moyens sont bons.

Pour n’avoir pas su inventer une plateforme à succès, pour n’avoir pas trouvé de réponse intelligente au piratage, l’OFC va punir les esprits inventifs qui l’ont réalisée sans s’encombrer des conseils avisés des fonctionnaires de la culture. Et bien entendu, le Père Noël n’existant pas, la taxe sera payée par les abonnements des vilains clients qui ont l’audace de ne pas se contenter de la production publique.

Quand on taxe le lait, ce n’est pas la vache qui paie l’impôt. Cette formule amusante illustre assez bien l’absurdité du raisonnement des politiques qui se persuadent au quotidien qu’il ne manque qu’une dernière taxe, qu’une dernière loi pour atteindre le bonheur. Et qui malheureusement l’adoptent.


Chroniques précédentes:

Publicité