Dans une semaine, Donald Trump célébrera ses 100 premiers jours de présidence. Ce sera l’occasion de mettre en avant un bilan qui sera qualifié d’«extraordinaire» au vu de la situation «catastrophique» dont il avait hérité de son prédécesseur. Et comme le 45e président des Etats-Unis est aussi le plus doué qui soit pour la communication – à l’inverse de Barack Obama – il continuera de maintenir l’illusion d’une certaine réussite aux yeux de ses partisans. Cette «réussite» est la construction d’un récit qui s’inscrit dans l’instantanéité – celle dictée par les tweets présidentiels – et se passe de toute mise en contexte ou référence historique pertinentes.

La réalité – on peut commencer à en juger avec recul – est que Donald Trump n’a tout simplement aucune réalisation majeure à son actif depuis son arrivée à la Maison Blanche le 20 janvier. Son seul véritable succès a été la nomination d’un juge ultra-conservateur, Neil Gorsuch, à la Cour suprême. C’est en effet de nature à changer le cours de l’histoire légale du pays à l’avenir. Cette victoire-là a toutefois été arrachée au forceps en tordant les règles habituelles de validation des candidatures par le Congrès (il n’était certes pas le premier à utiliser cette «arme nucléaire» comme ont dit dans le jargon de Washington).

L’homme sans plan

Pour le reste, de la vingtaine de promesses faites en octobre dernier pour ses 100 premiers jours comme président, Donald Trump n’a presque rien à faire valoir. Si l’on a pu croire dans un premier temps que ce président ferait ce qu’il avait annoncé vouloir faire, son programme populiste s’est fracassé sur la solidité des institutions juridiques et parlementaires du pays. Ses décrets anti-musulmans sont suspendus, son mur anti-latinos est dans les sables, son abrogation de l’Obamacare est en miettes. Le plus effrayant avec ce président, désormais, n’est plus le simplisme de ses recettes mais son degré d’impréparation à la conduite du pouvoir comme l’a démontré la bataille autour de la loi sur l’assurance maladie: Donald Trump n’avait tout simplement pas de plan.

Une fois levée l’esbroufe des emplois qu’il aurait soi-disant rapportés à l’Amérique et de la bulle boursière qu’ont provoquée ses promesses fiscales jusqu’ici non tenues, il ne reste plus grand-chose. Ce vide en politique intérieure explique du coup l’agitation extérieure. Mais sur ce plan, ces 100 premiers jours sont tout aussi erratiques, au grand dam des alliés des Etats-Unis.

Le règne du relativisme

Le seul fil rouge de ces trois premiers mois aura été l’usage immodéré du mensonge par un président peu soucieux des faits. Ainsi, les Suédois ont-ils été mis en alerte par les inepties de l’hôte de la Maison Blanche sur le terrorisme, les services secrets britanniques mis dans l’embarras par les fausses accusations de mise sur écoute par Obama de sa Trump Tower, les Sud-Coréens jetés dans le plus grand trouble après les annonces d’une «armada» inexistante censée voguer au large de la Corée du Nord.

C’est le principal dégât de cette présidence qui paraît déjà usée alors qu’elle ne fait que débuter: la perte de crédibilité. S’il n’a pas tracé de ligne rouge, pour reprendre un procès discutable fait à son prédécesseur, Donald Trump a de lui-même, et à de multiples reprises, franchi une ligne jaune: celle de la décence qui fonde l’autorité démocratique. Ses libertés prises avec la vérité font le jeu d’un relativisme destructeur, laissant penser que toutes les opinions se valent. C’est contre cet effondrement moral qu’appellent à se mobiliser ce samedi les scientifiques américains. Ce sursaut citoyen est la seule bonne nouvelle de cette présidence synonyme jusqu’ici de régression.


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