Revue de presse

Donald Trump, du cauchemar à la réalité

Jackpot à Las Vegas: le candidat milliardaire a écrasé ses deux principaux rivaux lors du caucus du Nevada. Les médias se demandent désormais s’il ne faudrait pas le prendre davantage au sérieux pour le battre

Et de trois! C’est fait: après le New Hampshire et la Caroline du Sud, le magnat de l’immobilier new-yorkais Donald Trump a remporté lundi le caucus du Nevada avec une large avance sur ses rivaux, annoncent ce mardi les télévisions américaines après la clôture du scrutin. Sur place, à Las Vegas, Fox News et CNN le donnent à hauteur de 45% des votes des sympathisants républicains, suivi de Ted Cruz – qui se dit «contrit» – à 24%, et de Marco Rubio, à 20%. Ce sont les derniers chiffres, susceptibles d’évoluer encore un peu ces prochaines heures.

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Dire que ce résultat suscite la consternation serait une litote. Chez les républicains, en réalité, on ne se demande même plus comment arrêter Donald Trump, on se contente désormais d’espérer – à demi-mot – que les démocrates le stoppent sur le seuil de la Maison-Blanche, si les conservateurs n’y parviennent pas eux-mêmes… C’est dire l’ambiance qui règne à droite à quelques jours du Super Tuesday, ce mardi 1er mars, où 12 Etats (voir ici la liste, dans le calendrier de RealClearPolitics) voteront simultanément lors de primaires ou de caucus pour départager les candidats des deux partis politiques.

En attendant cette échéance dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle est capitale pour la suite de l’année électorale américaine, la perspective de voir le milliardaire accéder à la plus haute marche du podium se précise et donne des frissons à des titres de presse comme le Guardian: «Ceux qui se demandaient s’il fallait prendre la candidature de Donald Trump au sérieux ont désormais la réponse. Le fait qu’il domine pratiquement tous les sondages pour l’investiture républicaine depuis quatre mois a toujours été relativisé»: Ce n’est qu’un clown, dit-on, avec sa mèche blonde, ridicule, déphasé, guignol, etc. etc. «Après tout, il a déjà insulté les femmes, les Mexicains, les handicapés, les Juifs, les Chinois et les immigrés.»

Suivre ici, sur YouTube, la couverture de l’événement:

Reste que pour Lauric Henneton, ce spécialiste de la civilisation anglo-américaine et maître de conférences à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, qui a publié une Histoire religieuse des Etats-Unis en 2012 chez Flammarion et s’exprimait récemment dans Le Figaro, «ce qui est le plus étonnant avec Trump, c’est sa capacité à durer, à survivre politiquement dans un exercice d’une grande brutalité». Résultat: les démocrates se consolent en se disant qu’aussi bien contre Hillary Clinton que contre Bernie Sanders, il représente la meilleure chance que la Maison-Blanche demeure démocrate pour les quatre années à venir.

Alors on a beau le railler, «le bouffon» Trump, comme l’explique Courrier international, il faudrait peut-être l’évaluer avec davantage de considération si l’on veut qu’il soit battu. Et l’on se demande s’il ne devient pas contre-productif de le caricaturer en personnage de Games of Thrones, où il atteint le stade de l’idiotie absolue: c’est très clair dans «Winter is Trumping», le fameux clip diffusé dans l’émission Insiders de la chaîne australienne ABC, où «le réalisateur Huw Parkinson a repris les saillies les plus célèbres du candidat à la primaire républicaine et les a incrustées à de véritables scènes de la célèbre série de HBO»:

Dans cette vidéo parodique, «ce n’est pas l’arrivée d’un hiver rigoureux au royaume des morts-vivants qui semble représenter le plus grand des dangers, mais l’accession possible de Trump à l’investiture républicaine. […] L’improbable candidat est devenu un concurrent sérieux», parce qu’il est surtout «le candidat des laissés-pour-compte», comme le martèle depuis des mois le Washington Post: il a bien compris comment il fallait privilégier les régions défavorisées ou oubliées du grand rêve américain pour mener campagne battante. En adoptant le ton de la «colère», résume ce matin ce quotidien. Ou en ridiculisant ses adversaires, les politiciens autant que les quidams, comme le fait remarquer le New York Times:

Ce qu’explique très bien Le Monde, en écrivant qu'«étape après étape, M. Trump n’hésite pas à prendre à revers la doxa conservatrice. Le schisme est flagrant en matière de politique économique.» Son credo est bel est bien de «surfer sur la fracture grandissante entre les élites et une partie de la base du parti». En politique, cela s’appelle du populisme, bêtement. Pour mieux comprendre, «il faut remonter à la dernière élection présidentielle»: en 2012, le candidat républicain, Mitt Romney, «avait fait campagne en distinguant deux électorats: les makers (ceux qui «font») et les takers (ceux qui «prennent»)».

Ces derniers regroupent «des gens qui croient qu’ils sont des victimes, que le gouvernement a la responsabilité de prendre soin d’eux, qu’ils ont droit à une couverture médicale, à des bons d’alimentation, à des aides au logement». Ceux dont on peut aisément croire qu’ils soient tentés de voter démocrate. Alors, «c’est justement à ces takers que M. Trump a décidé de s’adresser en priorité. Ceux, qui, dans l’industrie notamment, ont vu leurs emplois partir en masse vers l’étranger ou ceux qui voient leur pouvoir d’achat stagner depuis des années. Ces phénomènes ont entretenu un sentiment d’abandon de la part de l’establishment républicain. Celui-ci a sans doute sous-estimé la détérioration des conditions de vie des moins qualifiés, qui se retrouvent de moins en moins dans le discours des leaders modérés du parti.»

«Une question de semaines»?

Plus concrètement, qu’est-ce que cela donnerait, si la stratégie «trumpienne» réussissait? Le coauteur du premier livre de campagne de Donald Trump en 2000, Dave Shiflett, s’est prêté au jeu de la politique-fiction pour le Boston Globe, où il imagine le premier mandat du milliardaire à la Maison-Blanche. Extrait: «Dans un an, Donald J. Trump, toisant l’immense foule de ses partisans massée sur le National Mall depuis les marches du Capitole, pourrait prêter serment en tant que 45e président des Etats-Unis. En réalité, ce n’est peut-être plus qu’une question de semaines avant qu’il ne s’installe à la Maison-Blanche. Trump mettra en œuvre ses mesures phares et amènera un changement de ton radical.»

Tremble, Washington.

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