États-Unis

Donald Trump couronne les «fake news»

En guerre ouverte contre la presse, le président américain a décerné mercredi des palmes aux médias qu’il considère comme «les plus malhonnêtes». Un geste condamné jusque dans le camp républicain

Avec ses «Fake News Awards», Donald Trump lance une nouvelle salve contre la presse, cet «ennemi du peuple» qu’il s’évertue à dénigrer depuis le début de son mandat. Distribuer des palmes aux médias américains «les plus malhonnêtes», voilà bien le comble du cocasse pour un président coutumier des «faits alternatifs», qui a tendance à confondre mensonge et opinion. A la première place du classement, le chroniqueur du New York Times et Prix Nobel Paul Krugman qui avait déclaré, le jour de la victoire du candidat républicain, que l’économie ne s’en remettrait jamais.

«2017 a été une année de partialité acharnée, de couverture médiatique malhonnête et même de fausses informations éhontées», peut-on lire en préambule du palmarès publié mercredi sur le site du parti républicain, Gop.com. ABC, CNN (mentionné à quatre reprises), Time ou encore Newsweek figurent aussi parmi les titres épinglés. «Félicitations, lance @CarrieDavy, en étant en tête de liste, vous confirmez que vous faites correctement votre travail, en fournissant un journalisme de qualité.» Pendant ce temps, Fox News, seule épargnée, se contente de relayer consciencieusement ce classement d’un genre nouveau.

L’affaire Brian Ross

«Les  de Trump consistent à pointer des histoires pour lesquelles les médias avaient eux-mêmes sanctionné les auteurs et présenté des excuses, souligne  Et râler quand les sujets sur Trump sont trop négatifs.» Le journaliste d’ABC Brian Ross, à la deuxième place du podium, avait en effet été suspendu après avoir donné des informations erronées sur Donald Trump et son ancien conseiller Michael Flynn, dans l’affaire des ingérences russes. Sur un plan plus trivial, le président accuse aussi CNN d’avoir laissé entendre qu’il nourrissait trop les poissons lors d’une visite officielle au Japon et Newsweek d’avoir affirmé que la première dame polonaise Agata Kornhauser-Duda avait refusé sa poignée de main.

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Emaillée d’un problème technique, la révélation des grands vainqueurs a suscité les moqueries des internautes. «Erreur 404, graphisme douteux: les «Fake News Awards» de Donald Trump furent encore plus gênants qu’on ne l’aurait pensé», lance 

«Le lien ne fonctionne pas dix minutes après le tweet. Comme un symbole d’un président entraînant les siens dans la chute», renchérit le professeur Corentin Sellin, auteur de l’ouvrage Trump, candidat des pauvres, président des riches. Vexés de ne pas avoir été sélectionnés, plusieurs animateurs de late shows, dont l’humoriste Jimmy Fallon, ont eux aussi réclamé leur trophée.

«Réduire au silence les journalistes»

Les critiques ont essaimé jusque dans le camp républicain. «L’expression «fake news» à laquelle le président américain a donné une légitimité, est utilisée par des autocrates pour réduire au silence des journalistes», a déclaré le sénateur John McCain dans le Washington Post.

A la tribune du Sénat, l’élu d’Arizona Jeff Flake a quant à lui comparé la rhétorique de Donald Trump à celle de Joseph Staline: «Nous ne pouvons plus fermer les yeux face à ces assauts contre nos institutions. Un président américain qui ne supporte pas les critiques et qui doit toujours trouver quelqu’un d’autre à blâmer trace une voie très dangereuse.»

Enquête sur la liberté de la presse

La distribution des trophées infamants arrive au moment même où une mission organisée par le Comité pour la protection des journalistes enquête sur la liberté de la presse aux Etats-Unis. Alors que le hashtag #FakeNewsAwards avait déjà suscité plus de 200 000 tweets jeudi à la mi-journée, Margaret Talev, présidente de l’Association des correspondants de la Maison-Blanche, a déclaré à Bloomberg: «Les journalistes continueront à travailler chaque jour pour informer les Américains de ce que leur gouvernement fait en leur nom et avec leur argent.»

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