Revue de presse

Donald Trump est élu président: une politique-fiction du «Boston Globe»

Bien sûr, tout est faux dans cet exercice. Mais le quotidien du Massachusetts, en prenant le milliardaire au mot, démontre par la satire comment les Etats-Unis se transformeraient en monde «apocalyptique» s’il parvenait à la Maison-Blanche. Donc, pourquoi il faut le stopper

Même si Ted Cruz vient de remporter plusieurs victoires dans le camp républicain en vue de la présidentielle américaine, le grand favori demeure, envers et contre tout, le très controversé mais aussi très populaire Donald Trump, pour faire face à la démocrate Hillary Clinton – bousculée, elle, par son poursuivant, Bernie Sanders – en novembre prochain. Alors le Boston Globe a imaginé, ce dimanche, dans une édition numérique remarquée, quels seraient les Etats-Unis du tycoon qui aurait pris ses quartiers à la Maison-Blanche. Le résultat est à la fois drôle et effrayant. «Horrifying», dit même le site Vox, alors que le Washington Times le qualifie de «pulp fiction», pour dire sa parenté avec le film de gangsters américain réalisé par Quentin Tarantino.

D’ailleurs, la satire a aussitôt été qualifiée de «stupide» et d'«insignifiante» par le premier intéressé, qui a peu apprécié d’être «pris au sérieux», note le New York Post, c’est-à-dire «pris au mot», comme le dit Libération avec l’AFP. Car «s’il s’agit, bien sûr, d’une parodie […], chaque article rebondit sur des déclarations, réelles, […] lors d’interviews ou de discours dans le cadre des primaires à l’investiture républicaine». Comme ce titre de une: «Les expulsions vont commencer», qui fait écho aux «millions d’immigrés clandestins» qu’il compte «déporter» s’il est élu. «Si vite que vous en aurez la tête qui tourne», traduit Le Parisien, alors qu'«un autre article évoque les conséquences de la création de droits de douane allant jusqu’à 45% sur les produits importés de Chine et 35% sur certains produits venus du Mexique».

D’autres titres proposent aussi un scénario pour le moins provocateur, poursuit Libé: «Des soldats américains refusent de tuer les familles de membres de l’Etat islamique»; «Une nouvelle loi sur la diffamation veut s’attaquer aux «pourritures» dans les médias»; «Les marchés s’effondrent alors qu’une guerre commerciale est imminente»… Ou alors font carrément dans le gros gag, «comme cette brève qui précise que Trump figure parmi les favoris du Prix Nobel de la paix 2017 en ayant réalisé l’exploit de réconcilier «les chiites et les sunnites après 1385 ans de schisme»; ou qu’il causerait un «pataquès diplomatique avec la Chine après un tweet du président se moquant du chien de la première dame chinoise…», s’amuse Mediapart.

Mais l’affaire est plus sérieuse qu’il n’y paraît, car le Boston Globe publie aussi dans cette édition un éditorial très engagé, – «Le GOP doit stopper Trump» – où il exécute avec beaucoup de finesse l’homme dont la vision de l’Amérique «promet d’être aussi épouvantable dans la vraie vie qu’en noir et blanc sur cette page». Du moins si l’on en croit les résumés des articles, en français, que Le Huffington Post a eu la bonne idée de réaliser et auxquels on accède en passant sa souris sur les différents éléments de la une.

Des critiques, aussi

Le tout démontre, selon le New York Times, l’opposition résolue de la rédaction du quotidien de la capitale du Massachusetts au candidat républicain. Mais aussi les limites de l’exercice, selon le très conservateur Washington Times, qui ne ménage pas ses critiques, via l’analyste Tim Graham, directeur du Media Research Center: «Imagine-t-on le scandale que cela aurait été si le New York Post avait réalisé une opération similaire en prédisant», en 2008, «que le président Obama forcerait les gens à résilier leur assurance maladie? […] Un journal sérieux ne doit pas donner dans la satire et la laisser à The Onion», le média d’informations parodiques.

Reste que si plusieurs grands journaux américains se sont déjà clairement prononcés contre la candidature de Donald Trump dans leurs éditoriaux, aucun d’entre eux n’était allé jusqu’à une telle prise de position, appuyée par un exercice de politique-fiction, pour justifier «une opposition active et engagée», dit l’éditorialiste du Globe. «Si Trump était un politique en lice dans une campagne à l’étranger en ce moment, le Département d’Etat américain le condamnerait certainement», assène-t-il. Mais il appelle aussi le Parti républicain à ne pas «s’accommoder d’un candidat aussi radical – et peut-être plus dangereux – en choisissant Ted Cruz». S’il a «le courage d’écarter celui qui est arrivé en tête, il devrait être plus facile d’en faire de même avec le second».

«Les standards du Parti républicain méritent d’être incarnés par un homme honnête et respectable», dit enfin le Globe. Mais où est-il?

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