Champagne! Depuis que Donald Trump a été élu président des Etats-Unis, les marchés sont à la fête. Avec ses promesses, le républicain les séduit. Il le sait et s’en vante. «Vous avez vu ce qu’il se passe depuis deux semaines, jubilait-il début décembre. Et encore, on n’est même pas encore en poste…»

Le dollar monte et bat des records vieux de treize ans, tandis que Wall Street n’arrête plus de grimper. C’est que pour dynamiser la croissance, Donald Trump prévoit un grand plan de relance grâce à des investissements dans les infrastructures. Il a promis une baisse spectaculaire de la fiscalité et, surtout, il s’érige en protecteur de l’économie américaine.

Ainsi présenté, le programme du républicain est rassurant pour les milieux économiques et financiers américains. En plus, il multiplie les déclarations sur la dérégulation bancaire. Goldman Sachs, JP Morgan et les autres grandes banques voient le cours de leurs actions s’envoler.

Trump veut protéger l’Amérique parce qu’il estime que certains partenaires commerciaux à bas coûts, Chine et Mexique en tête, tuent à petit feu l’industrie locale. Pour les contrer, il prévoit d’instaurer des droits de douane élevés – un taux de 45% a été évoqué. S’il succombe à ses instincts protectionnistes, tout le monde va en pâtir. Il risque de faire entrer les Etats-Unis dans une guerre commerciale; d’encourager les autres pays à augmenter les taxes à l’importation.

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Il est louable de vouloir protéger son industrie pour qu’elle puisse continuer de fabriquer sur le sol américain. Mais si elle ne peut plus exporter parce qu’elle est trop chère, à quoi bon? Caterpillar est l’exemple parfait de ces contradictions. Le fabricant d’engins de construction emploie des milliers de personnes dans le Midwest américain et exporte plus de trois quarts de sa production. Mais s’il veut créer des emplois, il faut bien que le groupe puisse vendre ses produits.

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Après les Fêtes, une fois passé le 20 janvier et l’investiture du milliardaire new-yorkais, la bulle euphorisante qu’il est en train de créer pourrait éclater. Et à ceux qui pensent que Trump pourrait se dégonfler, il vient de répondre en s’adjoignant les services de Peter Navarro, un économiste ouvertement sinophobe.

Mais si les exportations américaines reculent, les bénéfices vont suivre la même voie et décevoir les investisseurs. Les bourses vont baisser et faire plonger les revenus des grandes banques. Libre à chacun d’imaginer la suite. Mais pour en avoir une idée, essayez donc de reboucher une bouteille de champagne.

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