En cette ambiance de pré-campagne présidentielle, les livres politiques se multiplient comme des petits pains, à en donner le tournis. Kamala Harris, Beto O’Rourke, Pete Buttigieg, Elizabeth Warren et j’en passe, tous les candidats pour 2020 s’y mettent. Et puis, il y a les livres non politiques mais qui traitent malgré tout de politique. Dans cette catégorie, Rick Reilly détient la palme d’or. Le chroniqueur sportif vient de sortir l’ouvrage Commander in Cheat: How Golf explains Trump, où il se sert du sport préféré du président pour expliquer sa manière de gouverner. Obsédé par la victoire, avec presque tous les moyens pour y parvenir, bluff et triche compris. 

Chroniqueur pour la chaîne ESPN et ex-reporter du magazine Sports Illustrated, Rick Reilly n’hésite pas à dépeindre Donald Trump, qu’il suit depuis trente ans, comme un «tricheur congénital». Il a eu l’occasion de le voir à l’œuvre de nombreuses fois, mais a aussi interrogé une centaine de personnes évoluant dans le milieu. Et, apparemment, pour passer un bon moment, mieux vaut le laisser gagner. Même avec le champion Tiger Woods, qui a d'ailleurs reçu ce lundi la «médaille de la Liberté» à la Maison-Blanche, Donald Trump n’hésite pas à tricher. «Il triche au plus haut niveau», écrit l’auteur. «Il triche quand les gens regardent, il triche quand ils ne le font pas. Il triche, que ça vous plaise ou non. Il triche parce que c’est comme ça qu’il joue au golf... si vous jouez au golf avec lui, il va tricher.»

Un jour, lors d’une partie avec Tiger Woods, sa balle a fini sa trajectoire dans l’eau... avant de miraculeusement réapparaître sur le green, à l’endroit précis que Trump visait. On ne contrarie pas un président susceptible qui veut gagner. Ses agents de sécurité l’ont bien compris, eux qui viennent souvent à la rescousse de balles en bien mauvaise posture. Autre anecdote: des caddies le surnomment «Pelé», car il aurait tendance, énervé, à shooter un peu facilement dans les balles des autres.

Donald Trump et son clan possèdent une vingtaine de terrains de golf, dont les deux tiers sont sur sol américain. Le président a fait de ce sport son hobby principal, pratiqué si possible sous le soleil de Floride. Un des seuls points communs d’ailleurs qu’il a avec son prédécesseur Barack Obama, lui aussi amateur de golf. Chez Donald Trump, le golf semble être addictif. Il avait promis un sevrage en 2016 durant sa campagne électorale, mais ne s’y est pas tenu. La phrase «Si je suis élu, je travaillerai pour vous, je n’aurai pas le temps d’aller jouer au golf, croyez-moi» a été bien vite reléguée aux oubliettes. 

La mégalomanie de Donald Trump, qui prétend avoir un handicap de 2,8 (personne n’y croit vraiment), s’exerce aussi sur le terrain. Selon l’auteur du livre, il aurait un peu trop tendance à gonfler ses exploits et inventer des victoires. «Score final sur dix-huit championnats évoqués: seize mensonges, deux incomplets, aucune victoire confirmée. Le nez de Trump s’est tellement allongé qu’à ce stade, il pourrait putter avec», écrit Rick Reilly. Pour lui, la façon dont Trump golfe correspond décidément vraiment à celle dont il préside, «en faisant comme si les règles étaient faites pour les autres». Attention aux coups de club!