«Elle m’a tout l’air d’une jeune fille heureuse, se réjouissant d’un avenir prometteur et merveilleux. C’est si beau à voir!» avez-vous tweeté à propos de Greta Thunberg, après son discours déchirant au sommet de l’ONU sur le climat lundi. Quelle pertinence, quelle finesse… Qu’on vous décerne la palme du sarcasme! See, Donald? Moi aussi je maîtrise l’ironie. Ce tweet m’a évidemment mise hors de moi – j’en bouillonne encore comme un geyser islandais.

Parce que c’est trop facile. D’attaquer en 280 signes – stériles – une jeune fille qui porte sur ses épaules un combat aussi énorme, quitte à sacrifier son adolescence, son innocence. Qui a le courage de donner de la voix mais sans les costumes-cravates, les dollars et le pouvoir.

Poussière suffocante

Et figurez-vous, M. Trump, qu’il est difficile de se réjouir d’un «avenir prometteur et merveilleux» quand on a la vingtaine et grandi avec la menace du réchauffement climatique au-dessus de notre tête. Imaginez une poussière dans l’atmosphère, persistante, de plus en plus suffocante: les sujets au TJ, les catastrophes naturelles, les déserts craquelés, les glaciers fondus, les études toujours plus pessimistes. Ado, j’imaginais me réveiller un jour et découvrir, au coin de la rue, une manchette qui annoncerait quelque chose comme: «Un scientifique a découvert comment sauver la planète!»

Je n’y crois plus. Les autres millennials non plus. Selon une récente enquête américaine, un jeune sur cinq pense que l’humanité est fichue. Difficile de vivre avec cette angoisse dans le ventre en permanence, alors on se mue en êtres de contradiction. Qui lisent un article sur l’Accord de Paris avant de sortir siroter un Gin Tonic. Qui rêvent de vacances aux Philippines et culpabilisent. Action, paralysie, déni. Greta Thunberg a au moins le mérite d’être entière.

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Evidemment, elle et moi ne sommes pas les plus à plaindre, et de loin. L’impact du réchauffement climatique n’est encore pour nous qu’une lointaine réalité, alors qu’il frappe des jeunes de l’autre côté du globe. Mais son ombre teinte déjà notre quotidien, nos plans de vie, de famille. Notre futur est privé de sérénité, voire de futur tout court.

Mais vous vous en moquez ouvertement, dans tous les sens du terme. Alors si je vous avais vu parader dans les couloirs de l’ONU, je n’aurais pas pu m’empêcher de vous fusiller du regard moi aussi. Un regard rouge, terrifiant, comme sur les affiches de l’UDC. Sans surprise, vous n’avez pas même tourné la tête. Mais vous le savez désormais: les millennials vous surveillent.