Le piège s’est refermé sur Donald Trump. Le président américain élu a-t-il été aidé par le Kremlin au cours de sa campagne électorale, comme le prétend un rapport de la CIA avalisé par le FBI? S’est-il rendu coupable d’actions honteuses, qui le rendraient vulnérables au chantage, lors de l’un ou l’autre de ses passages à Moscou, comme l’affirment les notes du consultant britannique Christopher Steele? Le débat est ouvert entre ceux qui dénoncent la légèreté des indices publiés et ceux qui considèrent que les services secrets américains ne se seraient pas autant avancés s’ils n’en savaient pas beaucoup plus que ce qu’ils peuvent en dire. Mais quoi qu’il en soit, le soupçon a été instillé dans l’esprit des Américains. Et il ne disparaîtra pas avant longtemps.

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Le doute aura des effets ravageurs. Donald Trump a répété durant sa campagne qu’il souhaitait rétablir de bonnes relations entre les Etats-Unis et la Russie. Un changement de cap radical qui lui permettrait sans doute d’arracher des concessions à son homologue Vladimir Poutine mais qui le contraindrait bien évidemment à en faire aussi. Or, s’il traduit ses paroles en actes, il se retrouvera face à un obstacle supplémentaire: il ne pourra pas prendre la moindre décision sur ce dossier délicat, dans ce qu’il estime être l’intérêt de son pays, sans se retrouver aussitôt soupçonné de complaisance envers Moscou. Et accusé de trahison.

On peut estimer que le Kremlin s’est montré trop agressif ces dernières années sur la scène internationale. On peut notamment condamner le traitement qu’il a infligé à l’Ukraine, en lui imposant une guerre dans ses provinces orientales et en lui prenant la péninsule de Crimée. Mais il ne faut pas être vendu à Vladimir Poutine pour estimer que les Etats-Unis ont été eux aussi trop loin, en essayant de modifier le statu quo dans la région sans en discuter avec la Russie. Et pour considérer qu’ils auraient tout avantage aujourd’hui, sur les plans économique et politique, à renouer de bonnes relations avec Moscou.

Les adversaires les plus virulents de Donald Trump assurent dénoncer ses liens supposés avec le Kremlin dans le but, on ne peut plus honorable, de défendre la démocratie américaine. Cet objectif suppose aussi, cependant, que des accusations mal étayées n’empêchent pas un président de réaliser le programme sur lequel il a été élu. Même si ce programme comprend une tentative de réconciliation avec la Russie, qui s’oppose à de puissants intérêts.

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