Nouvelles frontières

Donald Trump, roi de la dette et du déficit

Un an après son arrivée au pouvoir, la politique de l’«America First» se met en place: irresponsabilité budgétaire et priorité aux militaires caractérisent de nouveau le pouvoir républicain

Avec un Congrès entièrement sous contrôle républicain – dont les représentants mangent aujourd’hui dans sa main – Donald Trump peut aller de l’avant avec son programme de l’«Amérique d’abord» sans trop d’embûches. En quelques semaines il aura procédé à une baisse historique d’impôt pour les entreprises et les plus riches et fait passer un budget qui gonfle les dépenses publiques au profit principalement de l’armée.

Reprenons les chiffres: fin décembre, le président américain obtenait un rabais fiscal de 1500 milliards de dollars sur les dix prochaines années. Une première promesse électorale tenue. Ces jours-ci, malgré quelques récalcitrants issus des rangs libertariens, les républicains sont sur le point de faire adopter un budget gonflé de 300 milliards de dollars pour les deux prochaines années. A ce rythme, la dette américaine, qui est actuellement de 20 000 milliards de dollars, va exploser. Or cela ne semble plus un problème pour le camp républicain.

Une habitude républicaine

Souvenez-vous: durant huit ans, ces mêmes républicains ont férocement bataillé contre l’administration de Barack Obama au nom de la responsabilité budgétaire et de la maîtrise des déficits. C’était une cause sacrée, notamment portée par le Tea Party. Barack Obama, ayant essuyé un premier «shutdown», avait dû se résoudre à fixer un plafond aux dépenses et renoncer à un plan d’investissement pour reconstruire des infrastructures en ruine. Dépenser était mal.

Trump pratique de l’anti-keynésianisme: il prônait l’austérité durant la crise, et suscite la demande par beau temps, l’inverse des préceptes de l’économiste britannique

Aujourd’hui, Donald Trump va pouvoir annoncer un vaste programme de relance des infrastructures – y compris son mur pour 3 milliards de dollars – avec les deniers publics. Dépenser est de nouveau bon. Mieux: l’Etat peut plus que jamais dépenser l’argent qu’il n’a pas, il se financera par l’emprunt. Hérésie pour le camp conservateur? Les républicains ne sont-ils pas les tenants de la rigueur à l’opposé des démocrates toujours prêts à gonfler les dépenses publiques? On pourrait le croire à entendre Rand Paul, rare républicain qui a bataillé contre la dérive du budget au nom du moins d’Etat. On pourrait s’en convaincre en relisant les discours républicains des huit dernières années, lorsque la présidence leur avait échappé. En réalité, il n’y a là rien de très nouveau: le déficit américain se creuse systématiquement sous administration républicaine avec cette même recette de baisse fiscale et d’augmentation des dépenses militaires, comme le montrent les présidences Reagan et Bush junior.

L’anti-keynésianisme de Trump

Il y a toutefois une différence entre Donald Trump et Ronald Reagan. Le programme de ce dernier avait une certaine logique économique et militaire: son choc fiscal avait participé de la relance d’une économie qui était en berne et ses dépenses militaires répondaient à un défi tangible, celui du communisme. Il en va tout différemment en 2018: l’économie américaine est en pleine croissance, avec un taux de chômage au plus bas, et il n’existe aucune menace directe à la sécurité des Etats-Unis.

Certains commentateurs économiques veulent voir en Donald Trump un keynésien déguisé, ou un démocrate défroqué… C’est absurde. Toute dépense n’est pas keynésienne. En l’occurrence, Trump pratique de l’anti-keynésianisme: il prônait l’austérité durant la crise, et suscite la demande par beau temps, l’inverse des préceptes de l’économiste britannique.

Comme entrepreneur, Donald Trump était connu comme le roi de la dette. Comme président, il pourra ajouter le titre de roi du déficit.

Chroniques précédentes: 

Publicité