éditorial

Avec Donald Trump, le saccage de l'ordre mondial continue

Le retrait des Etats-Unis du Conseil de l’ONU des droits de l’homme est un nouveau coup que les Etats-Unis se portent à eux-mêmes

C’est au nom du combat contre «l’hypocrisie» que l’administration de Donald Trump continue de saccager l’ordre mondial. Mardi, c’était au tour du Conseil des droits de l’homme de l’ONU (CDH), basé à Genève: il ne serait qu’un repaire de dictateurs et un moyen à peine déguisé, pour eux, de s’en prendre systématiquement à la démocratie israélienne. Les Etats-Unis s’en retirent, comme ils s’étaient retirés auparavant de l’Accord de Paris sur le climat ou de l’accord sur le nucléaire iranien.

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Une fois de plus, cette décision interroge sur le rôle que le président américain entend faire jouer à son pays dans le monde. Après tout, ce sont les Etats-Unis eux-mêmes qui ont le plus grandement contribué à créer cette architecture internationale qu’il s’emploie à démanteler. C’est cet ordre qui, jusqu’ici, a garanti à la superpuissance américaine de maintenir son statut. Un peu comme si le président Trump déchirait avec entrain et application son costume fait sur mesure, pour ensuite exhiber avec fierté ses haillons.

L'axe Etats-Unis-Israël se renforce

Le CDH est questionnable? Ses résultats sont imparfaits, tant s’y côtoient, parmi tous les autres, les pires régimes de la planète? Et comment! Au moins aussi imparfait, et souvent aussi désespérant, que notre planète, que ce conseil reflète. Le débat est aussi vieux que cette institution elle-même, mais la charge américaine actuelle serait plus convaincante si elle était cohérente. Ces derniers temps, Donald Trump a donné le sentiment d’être plus à l’aise avec un Kim Jong-un qu’avec une Angela Merkel. Il semble partager davantage d’affinités avec le despote philippin Rodrigo Duterte qu’avec le «malhonnête et faible» canadien Justin Trudeau. Les Etats-Unis d’aujourd’hui donnent beaucoup de travail au haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU: c’est un pays qui sépare de leurs parents les enfants, ainsi que les bébés, et les enferme dans des cages métalliques spécialement conçues pour eux.

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Bien plus. A l’obsession anti-israélienne supposée du Conseil des droits de l’homme de Genève répond ainsi, depuis des décennies, son pendant à New York: au Conseil de sécurité de l’ONU, c’est à… 44 reprises que les Etats-Unis ont utilisé leur droit de veto pour défendre les intérêts d’Israël. Or le mouvement n’a fait que s’accentuer ces derniers temps, tandis que, se moquant éperdument de l’avis du reste du monde, l’ambassadrice Nikki Haley justifiait seule contre tous la reconnaissance de Jérusalem en tant que capitale de l’Etat hébreu, ou la tuerie de dizaines de Palestiniens à Gaza.

Bien davantage qu’une lutte pour un plus grand respect des droits de l’homme, la décision américaine apparaît clairement comme une nouvelle preuve de l’alignement de l’administration de Donald Trump sur les positions israéliennes. Un Etat d’Israël qui, selon les avis de ses anciens militaires, juges ou activistes des droits de l’homme, semble lui aussi s’éloigner à grandes enjambées de son image de «seule démocratie du Moyen-Orient».

Les Etats-Unis, tout comme Israël, disent rêver d’un CDH qui serait réservé aux seuls pays «méritants». Encore faudrait-il s’assurer que ces deux pays y trouveraient, aujourd’hui, une place légitime et incontestée.

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