Nouvelles frontières

Donald Trump sera-t-il plus dangereux que Ronald Reagan?

En 1983, le monde a évité de justesse un conflit nucléaire. Reagan en retint la leçon. Trump sera-t-il à la hauteur? Il est temps de s’interroger, estime notre chroniqueur Frédéric Koller

Il y a quelques années, lors d’un entretien, Mikhaïl Gorbatchev m’expliquait que l’on avait «vraiment» frôlé la guerre nucléaire entre les Etats-Unis et l’URSS. «On était sur le point de riposter», disait-il. Etait-ce lors de la crise des missiles à Cuba en 1962? «Non, c’était au début des années 1980», précisa-t-il sans donner plus de détails.

Cette histoire refait peu à peu surface à un moment où l’on s’interroge sur les dangers de l’imprévisibilité d’un président américain qui pourrait bien – malgré lui? – provoquer un conflit majeur si un minimum de confiance n’est pas rétabli avec les Chinois et plus encore avec les Russes.

Able Archer 83

Le conflit nucléaire évoqué par le dernier secrétaire général du parti communiste soviétique aurait pu être déclenché en 1983. Moscou avait alors bel et bien lancé les procédures d’une riposte incluant le feu atomique à ce qu’il croyait être les préparatifs d’une intervention de l’OTAN contre l’URSS ou un Etat allié du Pacte de Varsovie. A l’époque, le niveau de confiance entre Washington et Moscou s’était dégradé à un point que les erreurs d’interprétation des intentions de l’adversaire pouvaient à tout moment déboucher sur une frappe «erronée».

L’épisode précis auquel se référait Mikhaïl Gorbatchev était un exercice militaire de l’OTAN appelé Able Archer 83 qui se déroula du 7 au 11 novembre. Un exercice qui, à la différence des précédents, poussa le réalisme d’un recours à des missiles nucléaires à un tel degré que la partie russe se laissa berner. Une troisième guerre mondiale était en gestation, racontent les auteurs d’un article édifiant publié ces jours-ci par le site d’information Slate.com sur la base de documents déclassifiés ces dernières années. C’est l’initiative d’un agent du renseignement militaire américain, un certain Leonard Perroots (décédé en janvier dernier), qui aurait permis d’éviter le pire en stoppant la séquence de mise en alerte de l’exercice de l’OTAN après qu’il eut observé que Moscou n’était jamais allé aussi loin dans ses préparatifs de riposte.

Guerre psychologique

Comment en était-on arrivé-là dans ce qui ne devait être qu’un «jeu militaire» de plus? Simplement en raison du climat de guerre psychologique qui avait atteint son paroxysme sous le premier mandat de la présidence de Ronald Reagan. Ce président n’a certes jamais cherché un conflit nucléaire, affirmant dès le début de son règne vouloir la paix avec l’URSS. Mais il n’avait cessé dans le même temps de tester les défenses de ce qu’il avait nommé l’«empire du mal». Ce harcèlement, mélange de désinformation, de mouvements militaires et de déclarations à l’emporte-pièce avait fini par rendre le pouvoir militaire russe et son renseignement suffisamment nerveux pour provoquer des erreurs aux conséquences dramatiques. C’est ainsi que l’aviation soviétique tira sur un vol de ligne sud-coréen le 1er septembre 1983, tuant ses 269 passagers, persuadée qu’il s’agissait d’un avion espion américain ayant pénétré dans son espace aérien. C’était deux mois avant Able Archer 83.

Peu après cet exercice, Ronald Reagan changea de ton à l’égard de l’URSS. Il avait finalement pris conscience des risques d’une paranoïa russe entretenue par des messages pour le moins ambigus de la part de l’OTAN. Et quand Mikhaïl Gorbatchev arrive au pouvoir en 1985, les deux hommes s’engagent dans une politique de désescalade militaire et de limitation des arsenaux nucléaires.

Un dangereux tandem

C’est cet héritage que Vladimir Poutine et Donald Trump sont sur le point de remettre en question aujourd’hui. Face aux bravades et provocations russes en Syrie et en Ukraine, les Etats-Unis sont à nouveau dirigés par un président imprévisible qui prône la course aux armements, y compris nucléaires. Trump n’est pas Reagan. Il est peut-être plus dangereux.

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