Les Européens auraient certainement préféré un président américain europhile et pétri de valeurs humanistes. Un nouvel élu qui regarde avec bienveillance la cacophonie régnant sur le Vieux Continent et ne tente pas d’en tirer avantage. Un ancien homme d’affaires qui conserve une déférence à l’égard des vieilles démocraties et au moins feigne de respecter le langage poli et sans fracas de la diplomatie. Oui, on le sait, mais cela n’adviendra pas, car Bruxelles n’a pas été sollicité pour écrire le script des temps à venir.

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Une chance, les attaques d’Outre-Atlantique?

A la lecture des dernières déclarations de Donald Trump, il se dessine un scénario exactement inverse. Prétendre que le protectionnisme promis par le futur président des Etats-Unis ainsi que sa férocité à l’égard de l’Union européenne, qu’il voue au délitement, peuvent constituer une chance serait d’une mauvaise foi crasse. Toutefois, ironiquement, il y a sous les coups de boutoir lancés outre-Atlantique contre l’Union européenne (UE) la possibilité d’un sursaut, comme celui du malade soumis aux électrochocs. Car l’Europe garde une marge de manœuvre.

La nécessaire union

Réunis à Bruxelles lundi, les ministres des Affaires étrangères des 28 pays membres de l’UE l’ont répété comme une ritournelle: il faut être unis. En l’état, face au chaos, aux tentations centrifuges, autant espérer transformer un crapaud en prince charmant avec une baguette magique. Car ce qui manque aux Etats européens, c’est un projet fédérateur autant qu’un leadership. Le couple franco-allemand a longtemps joué ce rôle-là. Mais la dynamique s’est enrayée en raison de la faiblesse du partenaire français. Le rôle échoit désormais naturellement à l’Allemagne, qui se refuse à l’endosser. Car, pour des raisons historiques, elle ne peut ni ne veut prendre seule les commandes du navire Europe. Autour d’elle, d’ailleurs, la plupart des Etats redoutent une suprématie assumée. Pourtant, c’est bien Berlin qui compte et décide. Donald Trump ne s’y trompe pas quand il désigne l’Allemagne comme le pivot de l’Europe avant de la fustiger et de s’en prendre à ses exportations vers les Etats-Unis.

Se rapprocher de la Chine?

Quoi d’étonnant à ce que Donald Trump exploite les faiblesses et les atermoiements des pays européens pour miner leur projet commun? Ces derniers doivent pourtant se défendre, par exemple en trouvant des alliés de circonstance. Pourquoi ne pas se rapprocher de la Chine, qui se défie du prochain locataire de la Maison-Blanche en raison de son protectionnisme? L’Europe pourrait s’inspirer au moins un peu du président américain élu et apprendre à défendre ses intérêts avec moins de pusillanimité. Mais, pour cela, il lui faudrait un chef d’orchestre qui fasse passer le projet européen avant les agendas nationaux.

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