Editorial

Donald Trump, un malheur et une chance pour Genève 

EDITORIAL. Après le retrait américain du Conseil des droits de l'homme, la crainte d'un recul sensible du financement américain de la Genève internationale s'accentue. Mais Genève a une carte à jouer et des opportunités à saisir

La décision de l’administration de Donald Trump de quitter le Conseil des droits de l’homme (CDH) est une mauvaise nouvelle pour la Genève internationale. Elle affaiblit un organe onusien à un moment où il aurait au contraire besoin d’être renforcé face au mépris croissant des droits fondamentaux. Elle ne crée toutefois pas une situation totalement inédite. En 2006, à peine créé, le CDH était déjà boycotté par les Etats-Unis sous l’influence de l’ambassadeur John Bolton, aujourd’hui conseiller à la sécurité nationale du président américain.

Quand on regarde en détail l’implication des Etats-Unis dans les agences onusiennes, voire le CICR à Genève, on prend la mesure du risque financier encouru. En termes de valeurs, Genève est aux antipodes de Donald Trump. Il n’est donc pas étonnant que le président américain ait fermement refusé de tenir le premier sommet Kim-Trump à Genève, ville selon lui trop associée à l’ONU.

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Le départ américain du CDH, qui n’a pas d’équivalent au Conseil de sécurité pourtant source des principaux blocages de l’ONU, est à la mesure des retraits, décidés par Washington, de l’accord sur le nucléaire iranien, de l’Accord de Paris sur le climat ou encore du Partenariat transpacifique (TPP), voire du sabotage du sommet du G7 d’Ottawa. Si on peut comprendre les frustrations américaines face au changement de rapports de force à l’ONU constaté ces dernières années, il est difficile de penser que les intérêts de Washington soient mieux servis en pratiquant la politique de la chaise vide. La démission de l’Amérique, qui refuse de mener, avec ses alliés historiques, un combat collectif en faveur des valeurs démocratiques libérales, est très préoccupante.

En dépit de ou grâce à Trump, Genève a pourtant une carte à jouer. C’est à elle de se profiler comme le lieu où vont voir le jour de nouvelles formes de multilatéralisme qui incluent toutes les parties prenantes, les organisations internationales, les Etats, les ONG, la société civile et le secteur privé. Car le constat est largement partagé: le multilatéralisme purement interétatique n’est plus adapté aux enjeux du monde d’aujourd’hui.

Pour réussir cette mutation, Genève doit faire le pari de se présenter comme le principal centre opérationnel de mise en œuvre des Objectifs de développement durable que l’ONU espère atteindre d’ici à 2030. Elle doit surtout les rendre intelligibles à tous. Le secteur privé y a déjà identifié ses intérêts. Les investissements qu’il promet d’effectuer, dans la santé par exemple, à l’échelle mondiale sont vertigineux. La Cité de Calvin doit aussi saisir les opportunités en matière de finance durable. C’est à elle de montrer que hormis son ambition de devenir le centre mondial de la gouvernance d’internet, elle dispose d’un écosystème unique qui la positionne en héraut d’un multilatéralisme revisité.

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