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Un début de dialogue, enfin?
© Jim Watson/AFP/KCNA via KNS

Revue de presse 

Donald Trump va serrer la main de Kim Jong-un: méfiance, méfiance…

L’annonce spectaculaire, jeudi soir à Washington, d’une prochaine rencontre entre le président américain et le leader nord-coréen a surpris tout le monde. Mais rien n’est encore fait, et les médias en appellent à beaucoup de circonspection contre les effets de manche

Donald Trump en mai prochain à Panmunjom, sur la zone démilitarisée du 38e parallèle! La trêve olympique de Pyeongchang – dont les observateurs les plus béats espéraient tant et les plus sceptiques quasi rien du tout – finira-t-elle par porter ses fruits plus tôt que prévu? En tout cas, la nouvelle de la nuit ne laisse pas d’étonner par sa soudaineté: le président américain a donc accepté de participer à un sommet historique avec le leader nord-coréen Kim Jong-un, annonce l’Agence France-Presse. Ce qui représente un rebondissement spectaculaire dans un des conflits les plus épineux du globe et dans une relation «à couteaux tirés», pavée de «menaces incessantes» et d’«insultes fleuries» depuis l’installation du tycoon à Washington, selon les mots de Courrier international.

Lire aussi: Donald Trump accepte une rencontre historique avec son homologue coréen

Encore impensable il y a quelques semaines, l’accord intervient après deux années de très vives tensions entre Washington et Pyongyang, dues aux programmes nucléaire et balistique nord-coréens. Ce, par une voix issue du perron de la Maison-Blanche, celle de Chung Eui-yong (voir ici le texte original), conseiller national sud-coréen à la Sécurité, qui a annoncé cette petite «bombe» jeudi soir. Kim «a fait part de son désir de rencontrer le président Trump le plus vite possible», a-t-il dit. Et Trump a annoncé qu’il le ferait d’ici à la fin du mois de mai «pour parvenir à la dénucléarisation permanente».

Lire aussi: Quelques récents articles du Temps.ch sur la problématique nord-coréenne

Une évolution de taille dans le ton diplomatique quand on sait que le milliardaire américain qualifiait il y a peu son homologue nord-coréen de «little rocket man» et de «petit gros», tandis que ce dernier traitait le locataire de la Maison-Blanche de «malade mental gâteux lunatique» et «sénile». USA Today rappelle d’ailleurs fort à propos qu’il ne s’agira (it?) de rien de moins que du «premier face-à-face de l’histoire entre un président américain et un leader nord-coréen». La séquence? Kim Jong-un himself a proposé cette rencontre par l’entremise d’une délégation sud-coréenne en visite à Washington après qu’il l’eut reçue lundi à Pyongyang. La date et le lieu restent à déterminer et, «d’ici là, toutes les sanctions et une pression maximale restent en vigueur», prévient Washington.

Côté nord-coréen, la promesse est la suivante: abstention de tout nouveau test nucléaire ou de missile. Après une année qui a vu Pyongyang «tirer des missiles balistiques intercontinentaux et tester ce qui est globalement considéré comme une bombe H, un tel moratoire serait favorablement accueilli par les Etats-Unis et le monde», estime le Washington Post. Une analyse à chaud que partage CNN, chaîne de TV honnie par Trump, mais pour laquelle «les enjeux sont extraordinairement élevés». Car c’est bien simple: «Les experts pensent que la Corée du Nord n’est plus qu’à quelques mois d’avoir les moyens de frapper les Etats-Unis avec une arme nucléaire, et toute alternative à un accord diplomatique couronné de succès pourrait être dévastatrice.»

Quant au New York Times, il précise avec une bienveillance inhabituelle que Donald Trump a fait un pas en avant en acceptant «l’invitation nord-coréenne avant même l’ouverture d’une négociation dans laquelle les Etats-Unis auraient probablement pu soutirer des concessions à la Corée du Nord»: cela représente «un geste énorme» pour le locataire de la Maison-Blanche, qui prend ses adversaires de court et fâchera sans doute les plus intransigeants de ses faucons conservateurs.

Attention, toutefois, car Donald Trump aussi bien que Kim Jong-un ont «un penchant pour les décisions fortes et spectaculaires, et leur implication personnelle dans une négociation pourrait leur faire prendre des directions inattendues», poursuit le quotidien. Il ne faut pas oublier non plus que ces dernières semaines, «le dictateur nord-coréen […] a promis beaucoup mais n’a fait aucune concession importante», rappellent Les Echos.

«Donald Trump n’aime rien tant que les annonces sensationnelles», confirme Le Figaro. «Peu après avoir signé en fanfare des tarifs douaniers contre les importations d’acier et d’aluminium aux Etats-Unis, il a passé la tête par la porte bleue coulissante qui commande l’accès à la salle de presse de la Maison-Blanche. C’était la toute première fois qu’il y apparaissait depuis treize mois qu’il occupe les lieux.» Et le monde se mit à trembler, alors qu’à Tokyo on s’arrachait les cheveux, note le correspondant des Echos au Japon:

Il y a donc eu cette scène surréaliste, que les médias décrivent avec délices: «Hé, c’est off the record, a lancé le président aux journalistes présents. Il y aura ce soir vers 19 heures une annonce majeure de la Corée du Sud. – Ça ne peut pas être off the record, vous êtes le président, a répliqué un reporter. – Okay, a dit Trump. Tenez-vous prêts», a-t-il conclu, déclenchant, entre mille et une autres, cette réaction courroucée d’un lecteur du Monde:

En attendant, «cela fait deux décennies que le régime nord-coréen rêve d’un tel sommet et demande à être traité sur un pied d’égalité par les Etats-Unis. Mais le plus dur reste à venir: Corée du Nord et Etats-Unis devront trouver un compromis. Beaucoup se demandent si le régime nord-coréen est sincère et ce qu’il exigera en échange de l’abandon du nucléaire», se méfie Radio France internationale (RFI). «Ce sommet représente néanmoins une avancée cruciale. Kim Jong-un ayant le pouvoir absolu dans son pays, s’il prend une décision, il pourra l’imposer à son armée et à son parti. Quant à Donald Trump, il a montré qu’il pouvait être pragmatique et prendre des décisions peu orthodoxes. Ce qui, dans ce cas, augmente les chances de parvenir à un accord.»

RFI poursuit en observant que «parmi les analystes ou sur les réseaux sociaux en Corée du Sud», c’est aussi la surprise générale. Comme l’agence de presse de Séoul Yonhap, «chacun reconnaît les extraordinaires talents diplomatiques du président sud-coréen, qui voulait cette rencontre que la majorité jugeait improbable». Il «a réussi à imposer sa volonté de dialogue» et même chez les conservateurs opposés à toute discussion, on exprime l’«espoir» que ce sommet «puisse permettre la dénucléarisation et la paix», tout en redoutant qu’il ne constitue qu’une «manœuvre» de Pyongyang pour «duper» les Etats-Unis. Côté nord-coréen, l’agence de presse d’Etat KCNA ignore complètement la nouvelle. Le compte Twitter de l’agence ne nous en dira pas davantage, puisque le dernier post qui y a été publié date de… dix-sept mois et ne présente pas plus d’intérêt qu’une vulgaire et énième opération de propagande de plus:

Le site d’info Slate.com, enfin, reconnaît que «même si des problèmes lancinants semblent presque impossibles à résoudre à court terme, des pourparlers sont une bonne chose, surtout si l’on se rapproche de la guerre. Il y a cependant, selon lui, vraiment lieu de s’inquiéter que Trump ait pris les devants. Car il l’a fait comme à son habitude: en consultant zéro expert […] et en disant ce qu’il faut pour faire le bonheur de la presse ou des démocrates au Congrès.» Maniant «cette pompe et ces hyperboles dans lesquelles excelle le gouvernement nord-coréen».

Conclusion du site dont le seul titre laisse planer quelque scepticisme ironique: ce «pari très risqué» peut «porter ses fruits» à la Maison-Blanche. «Mais étant donné que l’obtention d’un sommet avec un président américain constituait l’objectif majeur de la politique étrangère du gouvernement le plus isolé du monde depuis des décennies, le leader qui recueille aujourd’hui les lauriers pour son intelligence diplomatique», ce n’est pas Trump, mais c’est Kim Jong-un:


Notre décryptage de la relation entre la Corée du Nord et les Etats-Unis en 5 minutes 

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