Revue de presse

Donald Tusk joue les démoniaques avec les brexiters: tollé outre-Manche

Le président du Conseil européen a fait le buzz ce mercredi en usant d’une rhétorique peu commune face aux partisans de la sortie du Royaume-Uni de l’UE sans… plan de sortie: il les a voués à «l’enfer». Récit d’une journée à l’enseigne de Lucifer

Le film de la journée pourrait s’appeler Une journée en enfer. Avec le président du Conseil européen dans le rôle principal, traversant le Styx sur un bâtiment de la Royal Navy. Que tout cela est«pretty unacceptable and pretty disgraceful», commente d’ailleurs Theresa May, lue dans les colonnes du Guardian. Vrai: il y a là vraiment de quoi susciter la «colère», aux yeux du site Independent.co.uk, et propulser la perfide Albion dans la «fureur»:

Car c’est bien en usant d’une étrange rhétorique que le président du Conseil européen a rué dans les brancards, ce mercredi à Bruxelles, en promettant «une place en enfer» aux promoteurs du Brexit qui n’en ont pas anticipé les conséquences. La petite phrase a fait mouche, puisque les unionistes du DUP, le petit parti nord-irlandais allié de la première ministre britannique, ont immédiatement filé la métaphore en qualifiant le dirigeant polonais de «maniaque diabolique de l’Europe».

Le détail de cette journée démoniaque

Puis, comme si cette forme d’éloquence satanique n’avait pas suffi à faire le buzz, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, en a remis une couche, mais plutôt sur le ton de la boutade, en déclarant qu’il était «moins catholique» que son «bon ami» de Gdansk. Puis, il a ajouté: «Je crois au paradis et je n’ai jamais vu l’enfer, sauf depuis que je travaille ici.» Voilà ce qu’on appelle une rupture «avec la langue de bois qui prévaut dans les milieux diplomatiques», commente Courrier international. Sur ce, repéré par le Daily Mail, l’influent parlementaire européen et ex-premier ministre belge Guy Verhofstadt s’en est aussi mêlé, en craignant un mauvais accueil des brexiters par un Lucifer qui ne voudrait pas voir l’enfer lui-même «divisé»:

Anecdote piquante, le premier ministre irlandais, Leo Varadkar, qui se trouvait à Bruxelles pour discuter de la douloureuse question du backstop avec les dirigeants européens, aurait répondu à Donald Tusk, selon le site Politico.eu: «Ils vont vous causer de gros ennuis après ça, les Britanniques.» Ce dernier aurait «acquiescé et rigolé». De toute manière, il adore ça, ce n’est pas la première fois qu’il déclenche la polémique avec des propos incendiaires, qu’a rappelés le même site dans un autre article.

Sur un autre ton, le champion du Brexit Nigel Farage a estimé que la sortie de l’UE permettrait de libérer le Royaume-Uni de ces «tyrans arrogants et non élus». Ce sera pour lui «plutôt le paradis», écrit l’ancien patron de l’Ukip, le parti europhobe et anti-immigration, sur son compte Twitter, où il s’est montré déchaîné. D’ailleurs, les déclarations de Donald Tusk figurent encore ce jeudi sans grande surprise parmi les sujets les plus discutés sur les réseaux sociaux au Royaume-Uni, souvent escortés du hashtag #Hellgate.

For goodness sake! Mais ces brexiters se sont vraiment sentis insultés. Depuis ceux qui pensent que «l’oligarchie» de Bruxelles «a tendance à rejeter tout ce qui ne correspond pas à son idéal», «symptomatique d’une élite déconnectée», jusqu’à ceux qui se montrent plus directs en répliquant au président Tusk que l’enfer serait surtout «plein de crétins arrogants» comme lui. L’affaire est même remontée jusqu’à Westminster, mettant encore un peu plus d’huile sur le feu là où les débats parlementaires ne brillent actuellement pas par leur qualité ou leur fair-play.

Au milieu de cet océan de tweets ravageurs sur la légitimité démocratique des brexiters, le député conservateur Peter Bone, eurosceptique, a interpellé le président de la Chambre des communes, John Bercow, en lui disant ne pas se souvenir «qu’un président ait insulté les membres de cette Assemblée […] et le peuple britannique de cette façon». Ce à quoi le speaker a rétorqué, non sans ironie et sur ce légendaire ton flegmatique des Anglais: «J’ignorais que Peter Bone était quelqu’un de si sensible, une sorte de fleur délicate.» Le Daily Mirror commente: «C’était hilarant.» Quant au Sun, il a fait la récolte de quelques pépites glanées sur le Net.

De leur côté, les opposants au Brexit n’ont pas manqué non plus de rebondir sur le sujet, certains avec délectation: «Il n’y a que la vérité qui blesse, n’est-ce pas?» a souligné la députée écossaise Joanna Cherry (SNP, europhile). Alors que @SianDamon1, lui, remercie le président du Conseil européen «d’avoir eu le courage de dire la vérité, contrairement à nos politiciens»:

On en est là, alors que Theresa May se met une nouvelle fois en route ce jeudi pour Bruxelles, où elle sait qu’elle arrive en terrain miné. Donald Tusk l’a prévenue: il espère entendre de sa part «des suggestions réalistes sur la façon de mettre fin à l’impasse dans laquelle le retrait ordonné du Royaume-Uni de l’UE se trouve» depuis que le parlement britannique a refusé, à une très large majorité, de ratifier le compromis trouvé entre négociateurs européens et britanniques:

Le Soir de Bruxelles le confirme: «Les Européens ont déclaré à plusieurs reprises qu’il était hors de question de rouvrir les négociations sur l’accord de retrait, qui contient le dispositif de «filet de sécurité» pour éviter le retour d’une frontière physique sur l’île d’Irlande, honni par de nombreux députés britanniques qui craignent de se retrouver «piégés» dans l’union douanière.»

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